2009: LES CINQUANTE ANS DU MINISTÈRE DE LA CULTURE

L’un des évènements culturels qui nous attend en cette année 2009 est sans nul doute, l ‘anniversaire de la création d’un Ministère de la culture en France.

Créé par De Gaulle en 1959, ce Ministère fut comme on sait confié à André Malraux qui en théorisa l’ambition. « La culture dira-t-il, c’est ce qui répond à l’homme quand il se demande ce qu’il fait sur terre. » Définition ambitieuse comme on voit, mais pour autant, en faire un Ministère est une autre question. Le décret qui l’établit le 24 Juillet 1959 indique que ce Ministère aura pour mission de « rendre accessibles les œuvres capitales de l’humanité et d’abord de la France au plus grand nombre de Français, d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent », en d’autres termes, ces missions de l’État seront : le soutien au Patrimoine, l’aide à la diffusion et le soutien à la création artistique.
La nouveauté cependant est ailleurs. Pour la première fois dans un État démocratique, ce dernier se reconnaît une obligation et une responsabilité publique sur un secteur laissé jusque-là à l’appréciation des mécènes ou des fonctionnaires des Beaux-arts qui avaient choisi de s’en soucier. La conséquence est d’importance –et, on la mesure davantage aujourd’hui qu’à l‘époque- c’est qu’elle implique une dépense publique et une administration chargée de la répartir selon des critères définis. Cette dépense qui s’est peu à peu établie à hauteur d’un pour cent du budget de l’État est devenue le marqueur identitaire des pays cultivés et peu à peu, même les plus réfractaires, parmi les pays européens ont à leur tour, à l’image de la France, créé leur ministère de la culture.
Le plus étonnant peut-être, est que la France, malgré l’alternance politique et plus de vingt gouvernements différents sous le V° République, n’ait jamais remis en cause l’existence d’un tel Ministère. Au pire celui-ci est-il devenu Secrétariat d’État, ou a-il été adjoint tantôt à l’Éducation, tantôt à la Communication, voire aux Grands Travaux, mais jamais il n’a disparu comme tel malgré les tentations et les arbitrages budgétaires successifs. On peut donc se risquer à conclure que la culture est devenue un des éléments (rares) du consensus politique français, non point on s’en doute que les contenus et finalités en soient également partagés, mais par son existence symbolique même.
C’est que ses finalités ont bien évolué au fil du temps et si le décret de 59 insistait avec Malraux sur la culture des œuvres, celui de 1982 dû à Jack Lang, mettait lui l’accent plutôt sur les pratiques culturelles : « permettant à tous les Français de cultiver leur capacité d’invention et de créer, d’exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix » changement terminologique bien plus fondamental qu’on ne le juge à première vue. Il reste tout de même que le Ministère de la culture fixe une fois pour toutes, le cadre réglementaire de l’exercice et de l’ambition de la culture en France.
Cinquante ans plus tard, le contexte et l’ambition ont changé. Le Ministère lui-même se pose plus en administration de gestion, d’évaluation et de contrôle, que comme un agent de transformation sociale à l’échelle d’un pays. Du reste, il ne finance plus guère qu’environ un quart de la dépense publique, le reste étant pris en charge par les collectivités locales et régionales, mais tout de même il reste une instance symbolique de sorte que toute variation de son budget est ressentie par ses administrés de façon hypersensible. Or la question de ce ministère est aujourd’hui plutôt celle de son « aggiornamento » qui le verra se recentrer sur ses missions régaliennes (patrimoine et création, soutien aux grandes institutions) et se moderniser, au lieu de se déployer comme il le fit longtemps sur tous les terrains où il était sollicité. La réforme de l’État et la crise ont rendu tout cela inévitable. D’autre part, la montée en puissance des industries culturelles et des nouvelles technologies dans la diffusion de la culture de masse ont transformé le rapport de l’individu à la culture. La France par ailleurs se découvre européenne dans une économie-monde où son rayonnement extérieur n’est plus ce qu’il était. Sa culture brille encore, mais a du mal à se faire reconnaître comme l’affirmait en 2008 un grand journal américain déclenchant du coup une belle polémique. Bref en 2009, la société française et sa culture sont en train de changer en profondeur.
Alors cet anniversaire à venir, sera-t-il la célébration d’un nouvel « élan culturel » où le crépuscule d’une époque qui finit et d’une conception du monde qui s’achève ? Comme on le voit cette question est éminemment politique ou philosophique si l’on veut, ce qui en matière de culture n’a rien d’étonnant en fin de compte !.