NO SPORT!

On connaît le mot de l’homme au cigare, Winston Churchill répondant à une question sur sa longévité compte tenu de son goût pour l’alcool et les barreaux de chaise : « No Sport » !

Cet humour tout britannique était déjà une réponse à l’inquisition des biens portants ou de ceux qui aspirent à l’être, éliminer toutes les causes de maladie, toutes les pollutions et autres infections, transformer nos paisibles fumeurs de pipes en « joggeurs » impénitents et nos anciens poitrinaires en papys hyperactifs et omniprésents. Le sport donc plutôt que la jouissance passive. Soit, l‘académie de médecine et accessoirement les professionnels de santé et après eux les ministres qui ont proposé des lois et les députés qui les ont votées sont sur ce point unanimes fumer est mal, du reste comme on vous l’écrit depuis quelque temps sur les paquets de cigarettes « fumer tue », donc ne fumez plus et si on vous y reprend, gare aux sanctions ! Oui mais voilà, il ne nous faut pas prendre seulement congé de la cigarette, mais aussi de « la cibiche » chantée par la môme Piaf ou la gauloise « si bien roulée dans son futal, celle qu’on câline du bout de ses doigts, cette frangine à la dérive » dont parlait Leo Ferré bref d’une copine de bonheur et d’infortune, celle qu’on allume pour draguer et celle qu’on collait entre les lèvres du condamné à mort. Car la cigarette c’était l’homme si on peut dire ou la femme si l’on veut, la brune ou la papier maïs des costauds et des prolos et la blonde des vamps ou des jeunôts qui se la jouent sur les boulevards. Le cinéma nous l’à mise dans la tête avec ses cow-boys burinées les mains réunis comme pour la prière ou pour se protéger du vent, avec ses wamps en fourreau de soie et porte cigarette en or, le cinéma américain il va sans dire qui nous a vendu la cigarette et le blue-Jean sur fond de ciel d’Hollywood et de musique de Jazz à l’époque où la fumée était un aura poétique. La littérature elle aussi y a mis du sien, la pipe de Jean Paul Sartre ou celle de Simenon, la «clope » de Prévert ou la « sèche » de Sagan. La fumée a accompagné nos émois adolescents et nous avons appris les gestes du fumeur en même temps que nous apprenions à grandir. Foin de nostalgie, et vive le politiquement correct. Il y a quelques années on a même enlevé la cigarette de la photo pourtant célèbre de Malraux parce qu’il n’était pas séant qu’un si grand homme donne un si déplorable exemple. Plus de fumée on vous dit, ni au bureau, ni dans les lieux publics, ni au café désormais, ni même en plein air aux arènes la bonne odeur du cigare, fini et tant qu’on y est plus de corrida non plus, non mais non seulement on se tue la santé mais encore on vient voir mourir les taureaux, il est temps que çà cesse, Brigitte Bardot (tiens un casting que Sarkozy a oublié) va nous arranger çà ! Bon bon d’accord, j’en conviens, trop de cancers, trop de coûts pour la sécu, trop conséquences désastreuses, mais avant toute chose, c’est bien un marqueur culturel qui va disparaître et pas n’importe lequel, un marqueur culturel qui depuis la découverte de « l’herbe à Nicot » a passé d’abord pour médecine avant de se révéler poison. Eh bien il y en a qui sont assez tordus pour penser que le poison n’est peut-être pas celui qu’on croit. Et si c’était le politiquement et socialement correct qui nous empoisonnait l’existence, et si c’était le « jogging » qui nous gâchait la promenade et si la pollution n’était pas simplement atmosphérique mais mentale ? Questions stupides me direz-vous, vous avez raison , il faudrait avoir l’humour de Churchill pour s’apercevoir en fin de compte qu’il n’y a pas de fumée sans feu.