COMPORTEMENTS CULTURELS

Tous les dix ans, paraît une étude du Ministère de la culture sur le comportement culturel des Français. La dernière vient d’être publiée et elle pointe les évolutions « à l’ère numérique », car c’est là que se sont produits les plus grands changements.

Il y a dix ans, un ménage sur cinq possédait un ordinateur, aujourd’hui, c’est quatre sur cinq et le temps passé devant son ordinateur est en moyenne de douze heures par semaine développant une nouvelle « culture de l’écran » qui modifie sans toutefois totalement les bouleverser, les comportements culturels. Paradoxalement en effet, alors qu’on aurait pu craindre un renfermement sur l’espace domestique, on observe que ceux qui se connectent le plus sont aussi ceux qui ont les comportements culturels les plus forts. Certes on s’informe et l’on se cultive chez soi, mais on éprouve tout autant le besoin de sortir, d’aller au cinéma, au théâtre, de lire, en somme, tout ce qui est consommable avec les nouveaux outils, ordinateur, portable, téléphone est utilisé et complété par tout ce qui est vivant, spectacle, échanges, sorties. Autre observation, les adultes et les seniors ne sont pas les moins « accros » à ces pratiques. On observe ainsi que l’effet générationnel joue davantage que l’âge des gens, ainsi on observe que les goûts et les pratiques musicaux notamment contractés avant vingt ans se retrouvent vingt ou quarante ans plus tard et que ce qu’on ne faisait pas à vingt ans, on ne le fait pas non plus, plus tard. Le pli culturel (vieille rengaine) se prend tôt et reste visible comme le pli du pantalon même si on ne le repasse plus. D’où l’importance du premier contact de l’individu et de la culture et le rôle de l’école dans ces habitudes culturelles. Autre observation, c’est la télévision qui pâtit le plus de ces nouveaux outils sur fond d’écrans. Ordinateurs, Internet, jeux, vidéos viennent perturber la réception passive et monopolisent le temps disponible. Les jeux vidéo surtout sont en augmentation, plus 10% en dix ans, et ce phénomène touche autant les jeunes que les adultes. En revanche, le cinéma reste la pratique culturelle la plus répandue en raison de l’équipement du pays en salles de cinéma et du développement des « mégaplexes » touchant villes moyennes et banlieues des grandes villes depuis les années 2000. Quant aux musées, si les grands musées parisiens et leurs expositions prestigieuses attirent toujours beaucoup d’étrangers, ils attirent de plus en plus de français alors que les musées plus petits, notamment en province et hors manifestations exceptionnelles ont beaucoup plus de mal à faire des entrées. La pratique de la lecture est elle nettement en baisse, on lit moins de livres et de journaux, « chaque jeune adulte présente un niveau d’engagement dans la lecture inférieur à celui de la génération précédente » note O.Donnat l’auteur du rapport, ce qui explique le vieillissement du lectorat. Du coup les bibliothèques et médiathèques souffrent et les élus s’interrogent sur le point de savoir quelle destination donner à ces équipements à l’heure de l’Internet et de l’E-Book. La musique en revanche reste omniprésente dans la vie des français ; simple bruit de fond ou écoute attentive, les outils de sa diffusion, du téléphone portable à la Hi-Fi de l’amateur sont là pour l’attester. Quant aux goûts, ils traduisent, l’origine sociale et la génération, rap et électro pour les plus jeunes, jazz et musique classique pour les plus vieux et au milieu le rock et la pop pour la génération intermédiaire avec des passages et des nuances mais là rien n’a vraiment changé, les goûts contractés dans la jeunesse se retrouvent à l’âge adulte. Enfin, le rapport note l’écart considérable entre Paris et son offre culturelle pléthorique et la province. Il faut dire aussi que la sociologie de la capitale (présence d’étudiants en nombre, de classes moyennes ou supérieures aisées, de niveau de formation ou de revenus supérieurs à la moyenne nationale, y sont pour quelque chose). La grande conséquence à tirer est que, malgré les progrès et l’accroissement des moyens dus aux politiques culturelles publiques, les phénomènes de distorsion s’aggravent et que les exclus de la culture sont toujours aussi nombreux. La culture des beaux-arts, des spectacles, des expositions, du cinéma, de la création reste le privilège d’une catégorie sociale formée et informée, la question de la démocratisation reste toujours aussi préoccupante. C’est pourquoi, sans doute on assiste à toutes ces tentatives de sortir la culture dans la rue, de façon parfois démagogique et sous forme d’attraction foraine, de façon plus ambitieuse comme on vient de le voir récemment à Bordeaux avec « Evento », une proposition de brassage culturel et artistique de haut niveau offerte aux bordelais et autres visiteurs, c’est le cas avec les biennales des grandes villes et les festivals, ou encore avec les « nuits blanches » parisiennes. Tous ces évènements ont en commun d’être gratuits, ludiques, festifs, appelant au brassage social intergénérationnel, dans le but de redonner une cohésion dans le « vivre ensemble » dont la culture se veut la traduction. Ainsi répond-on au désir des plus jeunes qui ont une exigence de la culture immédiate, gratuite et sans effort et complète-on l’offre d’une culture d’effort et de formation qui reste réservée à quelques-uns malgré tout. Voilà donc une étude qui devrait donner à réfléchir devant les tendances lourdes de notre société et devant la mutation inexorable et redoutée de la culture en loisir. Mais comme on dit, les faits sont têtus...