FIAC 2009

Parmi les grands évènements concernant les arts plastiques, on compte les Biennales, celle de Venise est emblématique et d’autres lui ont emboîté le pas, en France et dans le monde, on compte aussi les Foires qui sont davantage des « marchés » de l’art - et celle de Bâle est sans doute la plus prestigieuse - mais elle n’est pas la seule, la « Frieze » de Londres faisait ces derniers temps beaucoup parler d’elle. Et puis il y a la FIAC

il y a la FIAC (la foire internationale d’art contemporain) de Paris dont il était de bon ton de décrier le niveau, l’absence de grands marchands et l’écart où elle était tenue sur le standard international. Or, est-ce un effet de la crise ou de l’air du temps, mais voilà que Venise a laissé dubitatif le milieu, que Bâle n’a pas fait réellement événement et que la Frieze de l’avis général s’est ressentie de la crise qui frappe le monde Anglo-saxon. Autant de bonnes raisons pour donner à la « Fiac » parisienne des couleurs. Cette année en effet, les marchands réunis sous la splendide coupole du Grand Palais, mais aussi en de multiples endroits de la capitale, à la cour carrée du Louvre, sur les Champs-Élysées, au 104, à la Bourse du commerce, sur l’esplanade des Tuileries pour des expositions de plein air, avaient soudain transformé une manifestation classique en un brassage artistique un ton au-dessus. Et d’abord au Grand Palais par une meilleure pédagogie : montrer le meilleur de l’art moderne en un espace où l’on concentrera une vingtaine de chefs-d’œuvre. Pas à vendre ? C’est selon, on gardera le mystère et comme il s’agit de Picassos superbes, de Calders inconnus, de Bacons sublimes, d’un Mondrian majeur, d’un Brancusi de légende et qu’on parle là en millions d’euros, on restera circonspects. Toujours est-il que le niveau de l’art du vingtième siècle est donné. Ensuite la centaine de galeries rassemblées présente ses artistes vivants ou morts avec des sélections à faire tourner la tête : Soulages de toutes les époques, sculpteurs anglais comme Tony Cragg, Antony Caro, Barry Flanagan, peintres comme Richter ou Baldessari, l’offre est de haut niveau et les prix en conséquence. De l’autre côté de la Concorde, la Cour du Louvre offre un panorama de la nouvelle scène artistique avec de plus jeunes galeries et des artistes dont beaucoup relèvent de la scène française. Ici les prix ont perdu un zéro et l’on ne compte plus qu’en milliers d’euros. Les surprises abondent, notamment au rayon des artistes français ou relevant de ce qu’on est convenu d’appeler « la scène française » : Pascal Convert, Mounir Fatmi, Julien Discrit et beaucoup d’autres artistes de grande qualité servis par des galeristes parisiens ou de province de talent. Dès que l’on sort de ces périmètres de choix, et que l’on se dirige vers les manifestations « off », c’est le même dynamisme que l’on ressent. Expliquons-nous, ce que l’on ressent c’est l’absolue diversité d’un marché artistique en quête d’interlocuteurs et d’acheteurs et du coup on se trouve en présence d’œuvres, que ce soient des tableaux, des objets, des sculptures qui nous changent des « installations » pour Centres d’art, bonnes à contempler mais à rester in fine dans les musées d’art contemporain. Il y a en ce moment, comme un frémissement d’art vivant porté plus par des marchands que par des commissaires qui ont l’obsession de montrer de « bons » objets, des oeuvres désirables. Et le public semble répondre, non seulement parce que les prix sont orientés à la baisse par temps de crise, mais aussi parce que l’offre est de qualité. Du coup, malgré ou à cause de la crise, on se prend à penser que Paris, la scène française, pourrait avoir encore un rôle de premier plan à jouer, que ses artistes pourraient, sans avoir à faire les pieds au mur à New-York ou ailleurs, trouver un marché et des moyens d’existence dans une nouvelle dynamique hexagonale. Je ne sais si c’est un effet de l’euphorie ressentie lors de cette foire, mais on en revient plus optimiste et moins déprimé que lors de la visite de certaines expositions ou biennales où le ressassement de la misère et de l’horreur tient souvent lieu de lexique commun. « Fiac voluntas tua ! »