Expositions parisiennes: Renoir solaire, Soulages en noir majeur!

Exposition Renoir. Voilà une exposition où j’allais sans rien en attendre de précis, Renoir m’avait toujours paru être un peintre de l’intimité, des jardins, des femmes pulpeuses et rondes, une sorte de jouisseur de l’intimité domestique.Exposition SOULAGES,là c'est autre chose, le noir comme réponse à la question de la lumière.

renoir
Renoir d'abord. Cette exposition révèle un grand peintre qui savait regarder la peinture et pas seulement ses sujets, un peintre modeste qui déclarait à cinquante ans passés : « je commence à peine à savoir peindre! » Et pourtant, il sait peindre comme personne ses sujets de prédilection, les femmes surtout, les paysages, et il sait dessiner magnifiquement (bien que Gauguin ait observé que ne sachant pas dessiner il le faisait souverainement). Je retiendrai sa vision de la femme justement. Comme Rubens, il la peint pulpeuse et opulente, mais là où Rubens peignait des guerrières ou des déesses tout juste descendues de l’Olympe, Renoir peint des muses de jardin, ses modèles sont domestiques mais leurs corps célèbrent tout autant la lumière et la vie. Modèles de proximité, femmes et filles de marchands et de collectionneurs ou de voisinage, soubrettes ou petites bonnes endimanchées pour le bal et cette Gabrielle qui vient à son service et dont il dénude les bras le buste et davantage pour nous donner cette beauté agreste tout droit sortie des sources et des bocages. Renoir a regardé Rubens, il a regardé Vermeer, il a regardé Ingres et même Raphaël, il a su saisir la beauté classique et la porter à l’essence de la féminité. Ses femmes en effet exaltent une féminité dans une forme qui influencera Maillol mais aussi Picasso qui décline directement et sur un registre voisin ses baigneuses. Car dans cette peinture aussi on trouve des baigneuses, comme chez Cézanne, de ces femmes qui sont des Vénus dans la mythologie et qui sur terre sont la tentation des dieux. Ce qui frappe encore dans ses portraits de femmes c’est que leurs visages sont calmes, sans rides et sans profondeur psychologique, un peu comme des statues mais c’est leur corps qui parle pour elles bien plus que leur visage, bassins amples, cuisses puissantes, seins au modelé parfait, cous de reines, bras souples, mains délicieuses, l’œil se repaît d’une telle plastique qui en avançant dans l’œuvre emplit le tableau de plus en plus, le sature de couleurs et de formes. On se dit voilà, l’apport de Renoir, il est là tout entier, il a donné à la femme du peuple, celle de la fin du XIX°siècle la beauté et la présence des Vénus de la peinture mythologique. Cela n’est pas rien. Ensuite les couturiers pourront bien lui ôter les corsets et la vêtir de matières souples ils devront à Renoir d’avoir su la regarder et la célébrer en peinture. En ce sens il a devancé le XX° siècle et en cela existe un passage vers le premier Picasso, avant qu’il ne déforme les corps car nous serons alors entrés dans un siècle de la violence et de la déformation, pas seulement cubiste mais au-delà, sociale et historique. soulages Exposition SOULAGES ensuite, le noir comme réponse à la question de la lumière. « Je peins pour savoir ce que je cherche » dit le peintre quelque part et cela se voit, la partie la plus passionnante de son œuvre est là, dans la recherche incessante de quelque chose. Au début sa palette est timide, c’est du gros dessin, du gros trait qui architecture l’espace, peu à peu cela devient géologique, cela se clive comme ces schistes de l’Aubrac ou du massif central d’où il vient et provient. De larges plans noirs ou bleus qui s’entremêlent, s’entrechoquent, avec quelque chose de tellurique, de puissant et de vertigineux car les toiles sont grandes et ces plans obliques glissent et se superposent de haut en bas de la toile entraînant l’œil vers le bas. Plus tard, dans les années soixante, il y a la période New-yorkaise, avec cette fois l’influence des américains, Kline, Motherwell surtout, et le goût affirmé pour les grandes dimensions (ce que ne pourra jamais tout à fait oser un excellent peintre toulousain comme Marfaing par exemple !) . Soulages est de la race des bûcherons ou des maçons, il est costaud et il attaque à la hache ou à la brosse large, voire à la truelle, c’est pareil. Ce qui est passionnant c’est quand il s’interroge et qu’il change. Par exemple, on voit très bien qu’au début, ses noirs cherchent à s’extirper du blanc ou de la couleur parfois, voire du brou de noix, mais c’est la lumière qui fait question, comment elle donne de la profondeur, comment elle vient sous le noir pour le pousser en avant, le faire vibrer. Soulages essaye tout, s’inspire de modèles, casse les images, fait couler l’encre comme certains peintres chinois et s’essaie à être lui-même. Arrive tout de même un moment où le noir envahit tout à sa propre surprise, alors, il va essayer de capter la lumière autrement, par son reflet dans l’épaisseur de la pâte. Cela nous donne des toiles somptueuses, théâtrales, mystiques même, sans profondeur, tout en surface, comme un sillon de labour au soleil, une luisance d’origine. On pense au Rothko de la chapelle d’Huston en moins éteint, plus solaire si l’on peut dire. Soulages appelle cela l’outre noir comme on dit l’outre-mer ou l’outre monde. Juxtapositions, diptyques, polyptiques se jouent de l’espace et rythment le lieu d’exposition où ils sont exposés à hauteur d’homme. Et là, vient une question, tout cela, toute cette dernière période est si parfaite, si dominée, qu’il pourrait en produire des tonnes, faire varier à l’infini de l’espace orthogonal des toiles ses coups de truelle magiques sans que cela n’ajoute rien de plus. Alors on se dit : À quand la prochaine rupture, la prochaine remise en question ? Au fond c’est peut-être à cela que servent les grandes rétrospectives, à permettre aux peintres d’en finir avec quelque chose pour recommencer autrement !