BURQUA:CE QUE CACHE LE VOILE

Voici que l’attention publique se focalise à nouveau sur les femmes voilées. On dira que comme ces dernières ne passent pas inaperçues quand elles passent dans les lieux publics, à tout le moins, il est bien naturel qu’on s’en aperçoive.

Mais comment traiter cette question là est toute la difficulté. Une approche démocratique et tolérante voudrait qu’on ne s’en offusque pas au nom de la liberté de se vêtir comme on veut. Mais voilà justement que l’on s’en offusque. Précisément au motif que cette attitude contrevient au non-dit de cette liberté qui est que dans notre société, on va à visage découvert et lorsqu’on le cache ou le masque, c’est pour une cause festive(carnaval) ou délictueuse (hold-up), en vue d’une manifestation exceptionnelle et pour un temps très court. Disons que nous avons la coutume de vivre à visage découvert qui est l’un des éléments de notre identité. On se connaît, on se reconnaît, on se voit, on se dévisage, on se sourit, on exprime ses sentiments par son visage, bref, le visage est l’élément essentiel de la relation. D’autres cultures n’ont pas cette habitude et sans aller jusqu’au recouvrement total de certaines coutumes islamiques, il y a bien des traditions qui par culture ou par protection climatique recouvrent leur corps et ne livrent qu’un peu de leur intimité. Comme dirait un ministre, le problème vient du nombre ou de la généralisation possible de comportements qui marquent une frontière, une distance à l’intérieur du corps social lui-même, qui affirment des identités et exigent avoir droit à la différence. La difficulté actuelle est que précisément, ce fameux droit à la différence ou au pluralisme est dans toutes les bouches, célébré à l’unisson par l’UNESCO comme par nombre d’officiels dans leurs discours et de média dans le leur. Mais on va s’apercevoir bien vite que ce droit supposé contrevient à la culture d’accueil qui doit le respecter car cette dernière est composée d’habitudes, de comportements acquis ou historiques qui à un moment donné se sont fixés dans les mœurs. De plus, la manière républicaine de vivre en société implique un respect de ces mœurs et la nécessité, lorsqu’on vit en France, de s’y adapter. C’est le modèle de l’intégration dont on voit bien qu’il se heurte aujourd’hui à bien des difficultés. Car il y a derrière cette revendication à la diversité, quelque chose qu’on n’évoque que rarement ou pudiquement, c’est sinon la guerre, du moins, la compétition des cultures qui toutes veulent se poser comme référence en matière d’universel. Toutes veulent être modèle et s’opposent à d’autres modèles avec plus ou moins de vigueur. Si on y ajoute la dimension religieuse et son messianisme actif la plupart du temps, on conviendra que cette compétition fasse polémique. On aurait tort d’avoir une vision irénique de la cohabitation des cultures, en fait, elle est agonistique. Comment l’apaiser ? Par un respect et une tolérance démocratiques à la façon des Anglo-saxons qui ont tendance à dire : « nous avons notre club de Gentlemen, vous n’y entrez pas, mais nous vous engageons à ouvrir votre propre club à côté », chacun chez soi en somme mais dans le même pays avec un minimum de droits essentiels communs. Mais cela, on le sait, n’est pas le modèle français qui lui, veut homogénéiser les comportements fût-ce par la loi. Là-dessus les partis se divisent : Loi ou pas Loi, Loi tout de suite ou Loi plus tard. Le débat qui s’ouvre au Parlement nous instruira là-dessus. On remarquera que je n’évoque pas ici la question de la femme en tant que telle, le rapport à son propre corps caché mais exhibé sous son costume, un peu comme au théâtre en quelque sorte, le rapport de la religion a la sexualité et singulièrement au corps de la femme comme objet sexuel. D’autres le font ou l’ont fait avec pertinence. Je m’en tiendrais simplement à une observation. La femme est-elle plus désirable voilée ou dénudée ? C’était toute la question que posait Salomé dans la danse des sept voiles et cela bien avant l’Islam. Pourquoi sept en effet ? Parce qu’un voile en cache toujours un autre et que voir cela consiste à dévoiler, c’est ainsi que les anciens désignaient la vérité. On en conclura que qui ne veut voir la vérité, la cache.