CENTRE POMPIDOU-METZ

Le voilà donc ouvert ce musée d’un nouveau genre qui marque la reprise du rayonnement du Centre Georges Pompidou vers la province et probablement plus loin encore, car c’était l’une de ses missions à l’origine.

Centre Pompidou MetzElle aura, en la circonstance, été favorisée par le passage de J-J Aillagon son ancien directeur, au ministère de la culture et par l’énergie Mr Rauch à la mairie de Metz et même si l’un et l’autre sont aujourd’hui en marge de cette aventure, relevons qu’elle n’aurait pas été possible sans eux. Car c’est effet ce binôme du culturel et du politique qui, en France spécialement, rend possible les grandes aventures publiques, que ce soit à la tête de l’État ou que ce soit à l’échelon local. Ajoutons que c’est là un équilibre rare et difficile à trouver car on a le plus souvent l’un et pas l’autre de sorte que bien des projets avortent ou ne sont jamais conçus. Donc Metz, ville moyenne d’environ 120 000 habitants, s’est révélée exemplaire. Voilà une ville qui a été secouée par les guerres mondiales et par les crises de la sidérurgie lorraine, et qui malgré ses remparts, sa magnifique cathédrale gothique et ses musées a gardé une sorte de complexe culturel vis-à-vis de sa rivale Nancy. Mais l’énergie de ses habitants, leur goût pour la culture lui ont permis de se doter de beaux équipements culturels comme la salle de concerts de l’Arsenal et maintenant l’antenne du Centre Pompidou. Pour ce faire, elle a été chercher l’un des grands architectes du moment par un grand concours international et c’est le japonais Shigeru Ban, assisté de J_F Gastines qui a été désigné. On ne dira jamais assez l’importance du « geste » architectural dans la cité, surtout en ce qui concerne les équipements culturels. L’exposition messine expose justement un historique des créations de ces cinquante dernières années qui ont vu apparaître, la fondation de St Paul de Vence, Beaubourg, la Fondation Cartier, le Guggenheim-Bilbao parmi beaucoup d’autres et les projets de tant d’autres comme la Fondation Vuitton, le Mucem de Marseille ou les grands projets d’Abu Dhabi. C’est que la construction tout autant que son contenu porte l’ambition du projet et l’incarne, c’est elle d’abord qui inscrit la modernité dans le paysage, elle qui modifie la ville dans le regard de ses habitants et de ses visiteurs. De ce point de vue, restaurer les bâtiments anciens est certes utile et nécessaire, mais ne remplacera jamais la création architecturale qui seule est à la mesure de son temps, bien plus, c’est elle qui empêche que les villes ne deviennent des sortes de musées que l’on visite parce qu’ils sont l’expression de la conservation de quelque chose qui est passé ou déjà mort. Le « chapeau chinois » de l’architecte japonais de ce point de vue est aussi remarquable que la carapace de titane du Guggenheim Bilbao ou la tuyauterie de Beaubourg, il est moderne, bien plus, il est contemporain. Le second atout de ce lieu est, bien évidemment, d’être autre chose et cependant la même chose que le Centre Pompidou de Paris, non point ici un musée mais un Centre capable de proposer quelques milliers de m2 pour y exposer des œuvres et en l’espèce, pour l’ouverture, des chef-d’œuvres puisque c’est là le pari et le choix de l’exposition. On peut discuter et disputer sur cette notion de chef-d’œuvre, mais ici elle revêt un sens particulier. On entend par chef-d’œuvres, ces œuvres d’art qui marquent des temps forts de l’art moderne et contemporain, qui en explorent les avancées, les limites, les impasses ou les points d’inflexion. De ce point de vue, la démonstration faite par les conservateurs sous la direction de Laurent Le Bon est exemplaire. Le parcours est pédagogique et donne des repères depuis les chefs-d’œuvre du Moyen âge jusqu’à l’ouverture du Musée d’art moderne à Paris en passant par les salons des indépendants qui étaient les lieux d’excellence et de visibilité de l’art nouveau. Le musée offre quelques centaines d’œuvres au regard parmi lesquelles les plus belles toiles de Picasso, Léger, Picabia, Matisse, Brancusi, le couple Delaunay avec ses œuvres majeures, Kandinsky pour la première moitié du XX° siècle, mais aussi Pollock, Louise Bourgeois, Hantaï, Richter dans une scénographie extrêmement lisible, servie par des espaces appropriés qui de temps à autre ouvrent vers la ville et ses monuments, sa « skyline », qui en devient tableau. On reste médusé et rêveur devant cette démonstration.Car en effet, on est là en province, non point devant un musée de province qui expose deux ou trois chef-d’œuvres et puis des gloires locales et des petits maîtres, mais on est devant un grand musée européen voire international, c’est une leçon de décentralisation : le meilleur pour tous et partout. Heureux messins qui ne sont pas condamnés aux rogatons parfois charmants des musées de province quand ce n’est pas aux galeries de peinture qui semblent encore abonnées au siècle dernier, ils sont de plain-pied avec leur temps. Du reste on peut constater que le public qui vient des deux côtés de la frontière à raison de 7 000 personnes par jour ne s’y est pas trompé en faisant à ce centre, comme ce fut le cas à Bilbao et à peu près partout, un véritable plébiscite. Au-delà, la question se pose de savoir si cela aurait été possible ailleurs. Laissons de côté la conjoncture favorable de la rencontre des hommes et intéressons-nous à l’aspect budgétaire qui est en général l’argument du « c’est pas possible, c’est trop cher ». Ici la construction a coûté 70 millions d’euros financée par la région Lorraine, le Conseil général, Metz Métropole, le Ministère de la culture et les fonds européens. Cela, de nombreuses villes savent le faire ou l’ont déjà fait. Ensuite il y a le budget de fonctionnement annuel, environ dix millions d’euros, financé par les mêmes avec l’apport en mécénat de Wendel et de la SNCF dont la gare débouche sur le centre et le met à 1,30H de Paris. Avec la fréquentation actuelle, c’est un lieu qui sera sur une pente d’environ 800 000 à un million d’entrées par an. Plus de problème de budget ! Il fallait oser ? Eh oui, il fallait oser. La crise ? Certes, mais ce n’est pas la première ni la dernière, ce n’est pas non plus la fin du monde. Une leçon à tirer de cela ? Regardons autour de nous, toutes les villes, grandes et petites s’équipent, entreprennent, osent malgré la grogne permanente et la morosité générale. Ce genre de réalisation donne de l’ardeur et du courage, c’est le meilleur signal que des élus peuvent donner à leurs citoyens, l’exemple Messin, avant le Louvre à Lens, le Mucem à Marseille, le musée des Confluences à Lyon et d’autres encore est à saluer …et à imiter !