PATRIMONIAL OU CONTEMPORAIN

Autant poser la question ainsi, puisqu’en France on est ceci ou cela, pour ceci ou pour cela, il est rare que l’on soit les deux à la fois, nous sommes partisans du tiers exclu et pas seulement en politique. Et puisqu’il s’agit de culture en ces journées du Patrimoine, journées durant lesquelles les Français revisitent leur histoire, leurs jardins et leurs monuments, disons un mot de Versailles.

Versailles, on le sait, n’est pas seulement le nom du château édifié pour Louis XIV, c’est aussi depuis Louis Philippe, le musée de l’Histoire de France organisé de manière à célébrer toutes les gloires de la France et panser les plaies au lendemain du désastre de l’épopée napoléonienne. On ne le sait pas, ou on ne le sait plus, mais Versailles est tout autant ceci que cela et il est depuis quelque temps, autre chose. Cet autre chose désigne la confrontation entre l’art contemporain dans sa figure la plus populaire et l’art le plus patrimonial. Riche idée qu’a eue l’ancien Ministre de la culture J-J Aillagon que de confronter « in situ » des œuvres d’artistes vivants à ceux du passé. La première expérience avec l’américain Jeff Koons et ses objets kitsch surdimensionnés avait suscité quolibets et haussements d’épaules, la seconde avec Xavier Veilhan était moins envahissante et sans doute moins dérangeante. Avec le japonais Murakami qui se réclame de l’esprit des « Mangas » ces bandes dessinées simplistes très populaires au Japon, on franchit une nouvelle étape puisque ces dernières en dimension monumentale sont au nombre de vingt deux et sont placées dans la galerie des glaces comme dans les principales pièces du palais. On observera qu’en termes de communication l’effet est réussi et le but atteint et lorsqu’on sait que Versailles est fréquenté par une majorité d’étrangers dont bon nombre de citoyens du soleil levant, on se dit que le chiffre de six millions de visiteurs atteint l’an dernier pourrait être dépassé. Que dire de l’exposition elle-même ? On imagine la venue du Grand Turc avec ses « mamamouchis » et ses éléphants à la cour du Roi soleil au XVII° siècle, c’est en soi aussi étrange et décalé. Rien dans cet univers n’en réfère à ce qui fait que Versailles est Versailles ou alors, il faudrait vraiment se triturer les méninges pour y trouver matière à consonance. Non, ici l’étrangeté des univers est totale. On apprend que Murakami a connu Versailles par le biais d’un Manga pour petites filles intitulé « la rose de Versailles » et il y a ce côté fleur bleue dans ses objets de culture populaire. On dit qu’Andy Warhol, encore lui, avait fait la prédiction qu’un jour, il n’y aurait plus de différence entre les visiteurs d’un grand magasin et ceux d’un musée. On n’en est plus très loin. Faut-il pour autant jeter la pierre aux initiateurs de ces rencontres imprévues comme le font les inévitables comités de défense, de soutien ou de protestation qui dans notre pays apparaissent au moindre prétexte? Sans doute pas. Après tout, vouloir montrer la rencontre du Patrimoine et de la modernité par une confrontation des univers artistiques peut être une excellente chose, encore faut-il choisir le lieu, le prétexte et les artistes pour cela. Cet été, on a pu voir ainsi à Monaco une confrontation entre le grand plasticien Damien Hirst (dont on sait qu’il naturalise et expose des requins dans du formol) avec le musée d’océanographie de Monaco. La démonstration était éblouissante, même sujet, même objet, le musée devenait l’enjeu de démarches qui en questionnaient le sens. On en a moins parlé que de Versailles, c’est dommage car là, la réponse par l’art contemporain donnait à voir et aussi à penser, au-delà de la question du nombre de visiteurs attirés par la fête foraine. Il y aura bien entendu d’autres propositions à Versailles on imagine, jusqu’à ce que l’on se lasse et qu’on passe à autre chose.