TRILOGIE PAGNOL AU PARVIS

Magnifique idée qu’ont eue les comédiens belges de la Cie Marius de remonter la trilogie : César, Fanny, Marius en la délocalisant à tous les sens du terme.

Voilà donc des comédiens flamands, jouant en français certes, mais avec un accent flamand à couper au couteau qui reprenant le verbe de Pagnol, produisent la même distance, le même décentrement dramatique que ceux qui, à la création, jouaient la pièce avec un accent marseillais. C’est donc une pièce qui doit se jouer avec accent, car l’accent produit cette « distanciation » heureuse qui nous fait voir les personnages dans un milieu. Cette troupe y parvient parfaitement. Qu’on imagine donc son propos théâtral. La pièce se passe sur le port de Marseille, sur le quai plus exactement, d’où l’on voit arriver et partir les bateaux. Qu’à cela ne tienne, on jouera au bord d’une étendue d’eau, un lac en l’occurrence (le lac de Gabas près de Soumoulou) qui servira de fond de décor et de lieu d’imagination, on y verra évoluer des bateaux de verbe et des marins de métaphore. Et ça marche. Le jeu des comédiens est remarquable, il illustre un savoir-faire belge déjà vu en de nombreuses circonstances, celui-ci consiste à postuler que si je dis que je suis Marius, on me croit, si je dis que je suis sur le quai de Marseille devant la boutique de Panisse, on me croit aussi. Car telle est la force de la convention théâtrale que les comédiens n’y contrefont pas de manière réaliste les personnages, mais comme disait Brecht, les « citent » et nous les font voir par imagination. Une fois la convention théâtrale admise, on ne se soucie plus de savoir si César est Raimu et Marius Pierre Fresnay, on voit un autre César et un autre Marius qui donnent soudain à la pièce une allure plus universelle. Et du coup, on se met à entendre autrement, à savourer autrement, les répliques, les réflexions, les observations, et si l’on connaît, bien entendu, l’histoire et sa progression dramatique, on n’en est que plus sensible à la finesse de sa dramaturgie. Ceci confirme ce qu’on sait, sans le reconnaître toujours, que Pagnol, au-delà d’un auteur régional est un auteur universel. Ici, il est le prétexte à une démonstration de théâtre populaire et du meilleur.