CONTRE ÉPREUVE

Il était intéressant, à l’heure des débats autour de « la culture pour chacun » d’entendre le Président de la République s’exprimer sur la culture, dans ses vœux « au monde de la connaissance et de la culture », présentés au Grand Palais à Paris le 19 Janvier.

On s’intéressera d’abord à l’intitulé qui associe pour la première fois, connaissance et culture (on disait hier éducation et culture) car cette liaison insiste plutôt davantage sur l’aspect intellectuel de la culture que sur son aspect ludique et divertissant. On a donc entendu le Président de la République parler de la « culture de l’excellence », qui tire vers le haut et qui conduit le plus grand nombre vers le meilleur par l’enseignement et l’expérience des œuvres de l’art et de l’esprit, (tiens, c’est ce que disait Malraux !) Sur le chapitre de la transmission, terme préféré à celui, connoté de démocratisation, le Président a parlé de fidélité au patrimoine et de préparation de l’avenir et quant à la culture il s’est présenté en protecteur en annonçant que le budget de la culture ne serait pas amputé, comme les autres ministères, en 2011, mais préservé, que les constructions de grands établissements culturels comme « le Louvre » à Lens ou le MUCEM à Marseille seraient entrepris et que l’on continuerait à investir dans la culture. Selon ses propres termes, la réponse à la crise passe par la multiplicité des réponses culturelles. Enfin, dans son discours, il s’est dit une nouvelle fois partisan d’un « Internet civilisé » et a ce point engagé dans la défense du droit d’auteur qu’il veut mettre cette préoccupation à l’ordre du jour du G20. Alors, je sais bien, l’exercice des vœux est d’abord un exercice de rhétorique qui vise à provoquer l’assentiment des auditeurs, mais force est de constater que les reproches que l’on fait à priori au pouvoir doivent pour s’étayer s’inscrire dans les faits et lorsque l’an passé, le même président avait dit qu’il ne toucherait pas à la clause de compétence culturelle, il n’y a pas touché, en dépit des assertions contraires des Cassandres de nos professions qui en ont conclu qu’elles avaient intimidé le pouvoir sur ce point. On peut voir les choses sous le jour le plus favorable aux thèses que l’on défend, mais seul le résultat compte. Enfin sur la fameuse question de « la culture pour chacun », pas un mot et l’on croit savoir que le « fameux rapport Lacloche » est loin d’être validé par le Ministre de la culture, lui-même. L ‘ennui c’est que l’administration, elle, s’est mise en branle et organise dans tous ses relais et ordonnances, la mise en œuvre de ce rapport dont on sent bien, à l’évidence, qu’il va en sens contraire des orientations prônées au plus haut niveau. Il serait temps de voir le pilote piloter enfin l’avion !