RÉVOLUTIONS ARABES

Comme une vague de fond la révolution des masses arabes à la démographie explosive déferle sur le Maghreb et le Machrek (Tunisie, Lybie, Egypte) et dans une moindre mesure au Moyen orient (Jordanie, Bahrein), on ne sait encore si ce sera un tsunami ou une tempête locale.

Le seul grand précédent qui soit encore dans nos mémoires est, bien entendu, l’Iran du Shah en 1978/79. On se souviendra peut-être que deux grands journaux de l‘époque, le « Corriere della Serra » en Italie et le « Nouvel Observateur » en France missionnèrent le philosophe Michel Foucault pour enquêter sur place et faire part de sa réflexion. Je relis ces pages publiées dans « Dits et écrits », et notamment ceci à la page 691 : « Un fait doit être clair : par « gouvernement islamique », personne en Iran, n’entend un régime politique dans lequel le clergé jouerait un rôle de direction ou d’encadrement. L’expression m’a paru être employée pour désigner deux ordres de choses…une Utopie et un Idéal » et il ajoute plus loin, à propos de « ce petit coin de terre dont le sol et le sous sol sont l’enjeu de stratégies mondiales » : « Quel sens, pour les hommes qui l’habitent, à rechercher au prix même de leur vie cette chose dont nous avons, nous autres, oublié la possibilité depuis la Renaissance et les grandes crises du Christianisme : une spiritualité politique. J’entends déjà les Français qui rient, mais je sais qu’ils ont tort. » Puis encore plus loin, à propos du lien entre la technologie et les révolutions, il note : « il paraît que de Gaulle a pu résister au putsch d’Alger grâce aux transistors. Si le Chah devait sombrer, ce sera pour une part grâce aux cassettes. C’est l’instrument par excellence de la contre information. » Bien vu, et qu’aurait-il pensé alors de l’Internet ! La lecture de ces articles est passionnante. On y lit quelque chose que l’on savait déjà, c’est que l’intelligence, si elle favorise la perspicacité ne la garantit pas pour autant, pas plus que l’objectivité. En vérité, il y a ce que l’on voit et ce que l’on veut voir. C’était déjà le cas de Sartre à la même époque en France. Et aujourd’hui encore, lorsqu’on entend les médias reprocher à la France, c’est à dire à son gouvernement, de n’avoir pas su prévoir ce qui allait se passer ou de ne pas s’en être montré suffisamment solidaire, voire acteur assez vite, on oublie simplement que la photo d’un instant ne fait pas le film. Les propos de Foucault, à la lumière de trente ans de dictature islamique devraient donner à réfléchir. En tous les cas, il y en a un qui n’a pas réfléchi longtemps pour aller prendre la pose, chemise immaculée ouverte sur un torse élégant, visage grave photographié de profil, communication contrôlée. Comme il n’avait pas raté les Balkans, il s’invite sans plus de forme au Caire et pour faire bonne figure avec le label d’envoyé spécial de Libération. On l’aura reconnu, à défaut d’être Foucault, c’est notre Malraux de vitrine et notre grand reporter autoproclamé au nom en forme d’acronyme : BHL ! Lui aussi, il dit et il écrit ce qu’il voit, à vrai dire c’est sur le ton : « moi et la Révolution » mais l’essentiel n’est pas là, l’essentiel est d’en être et pour faire bonne mesure avec du beau monde : écrivains opprimés, danseuse censurée, ah qu’il est beau le vent de l’histoire lorsqu’il agite une mèche sur le front. Depuis Chateaubriand on n’avait pas vu ça, mais il est vrai qu’on mettait alors plus de temps pour aller de Paris à Jérusalem !