DIPLOMATIE SPECTACLE

Voici que les évènements s’accélèrent. Il y a eu d’abord – pour notre plus grand ébahissement – ce point presse tenu sur un trottoir au sortir de l’Élysée d’un BHL (le même toujours) se faisant le porte-parole d’un président muet et annonçant la proposition Française d’attaques contre le régime Lybien.

On apprenait peu de temps après, dans La Monde que son propre véhicule avait court-circuité celui de la diplomatie Française sur le sol Lybien où (toujours lui) BHL avait notifié aux diplomates qu’il était en mission, laquelle relevant du domaine réservé du chef de l’État avait préséance sur les organismes d’État. Et de fait c’est bien lui qui a conduit (comment ?) les représentants de l’opposition à l’Élysée où ils ont rencontré le Président. Comment ? C’est bien simple répondit l’intéressé: j’ai appelé le Président. A-t-il dit le Président ou Sarkozy tout simplement, ou même Nicolas ? et je lui ai dit : « Tu n’as pas le temps, il faut décider tout de suite. » Et voilà comment toute l’Histoire s’est mise en marche. « J’ai présenté les représentants de l’opposition à H.Clinton » dira-t-il ailleurs. « Et le Ministre des Affaires étrangères ? » Lui demande-t-on : « Secondaire, domaine réservé ». Lorsqu’il y a urgence humanitaire on ne s’embarrasse pas de détails. Si on n’a pas compris qui est l’homme fort de cette histoire, c’est qu’on est idiot. On est en France que diable, un pays où la force des mots et des poses l’emporte sur les choses. La courageuse posture des intellectuels opposés aux tyrannies est une vieille affaire et enfiler le costume de résistant pour un intellectuel germanopratin est aussi simple que d’enfiler la tenue de combat pour un militaire. Les radios et télévisions un instant médusées ne tardèrent pas à tendre leurs micros et caméras vers le nouveau et ancien révolutionnaire amidonné qui avec une verve décuplée par les circonstances alors expliqua au monde, ce qu’il en était de la géopolitique. On se frotta les yeux, non, non, ce n’était pas un mirage. Les mirages justement, une semaine plus tard après le mouvement normal de la diplomatie, les rencontres de chefs d’État et les résolutions de l’ONU obtenues de haute lutte par la diplomatie Française, furent envoyées contre le dictateur Lybien. La France tint à frapper la première, il est des coups de menton qu’on ne se refuse pas. La majorité politique du pays sembla acquiescer en silence, l’opposition rivalisa sur le même registre, quelques voix isolées rejoignirent celle de BHL sur le ton : « on n’est pas pour Sarkozy, d’ailleurs on ne vote pas pour lui et il le sait, mais, dans le cas précis on le soutient parce qu’il a raison. » Consensus donc, pour le moment. Et la suite ? La suite n’est pas écrite. À priori le déséquilibre des forces ne joue pas en faveur du dictateur, mais sa capacité de nuisance n’est pas éteinte pour autant. Certains pays –et on comprend pourquoi- regrettent ou réprouvent. D’autres comme l’Allemagne s’abstiennent, laissant se reconstituer un front Franco-Anglais qui rappelle la dernière guerre mondiale, la ligue arabe suit du bout des lèvres de ses monarchies pétrolières, tout le monde s’observe, tant de conflits latents qui ne demandent qu’à flamber sont là tapis à l’ombre des minarets. La partie est risquée. On n’entend plus notre philosophe de tribune, au fait que mijote-t-il encore. Peut-être est-il déjà en train de faire un film, comment s’appelait le dernier déjà « Bosna » ? Oui il me semble, c’était l’époque où il libérait la Bosnie.