QU'AVEZ-VOUS CONTRE BHL?

Rien ma foi sauf ceci, qu’en se projetant sans cesse a la une des medias, il brouille la perception des choses et donne une image déplorable de la politique. L’exemple de la récente crise Lybienne vient renforcer ce sentiment.

Voilà que cela donne l’impression qu’il n’y a plus de diplomatie en France, plus de Ministre des Affaires étrangères ou à tout le moins que ce petit monde confiné dans ses bureaux ne voit plus ce qui se passe dans le monde et qu’il faut soudain de ces « misssi dominici » médiatiques pour alerter les consciences et mobiliser l’opinion voire l’attention et la décision du Président de la République dont ces affaires sont semble-t-il le domaine réservé. Et comme on a dans ces milieux des contacts privilégiés –bien qu’on se défende d’en épouser les thèses politiques-, on se retrouve le délégué officieux des bons offices de la République. On connaît la suite qui va de l’auto promotion médiatique à l’auto affirmation d’un rôle majeur dans les affaires du monde. Nul ne nie cependant une certaine urgence en ce domaine, mais ce qui est détestable en tout point c’est cette impression de copinage au plus haut niveau qui permet de dire et d’affirmer : « voilà, je prends mon téléphone depuis l’Hôtel Raphaël (est-il un lieu plus chic à Paris ?) comme on le fait le ferait depuis tel ou tel autre Palace (on est toujours « in the Place to Be » !) ici ou là dans le monde pour cette diplomatie « Bling Bling ». Pour ceux qui n’auraient pas compris, on explique complaisamment dans la presse que, bien qu’ayant passé moult vacances avec le Président dans les temps anciens, bien que lui ayant battu froid en raison de rapports intimes qui intéressent filles et compagnes des mêmes, on garde suffisamment de contacts pour pouvoir d’un coup de fil alerter les consciences forcément en retard sur les affaires du monde afin que les choses aillent comme elles doivent aller, c’est- dire dans le sens de la guerre de précaution humanitaire que l’on souhaite. Les alliés de la France découvrent surpris cette diplomatie parallèle et s’en émeuvent, les armées que l’on disait de carton pâte montrent sur le terrain une certaine résistance, qu’importe, on bouge les lignes et les empires par simple déclaration tous azimuts et pour faire bonne mesure on le fait savoir sur le trottoir au sortir de réunions importantes ? Cette influence dans les media en est facilitée dès lors qu’on l’on se trouve au conseil de surveillance des unes (Le Monde) éditorialiste dans les autres (le Point) dans une position d’influence dans la télévision (Arte) et dans l’édition. On se retrouve alors avec un photographe attitré (libération) et un journaliste ami spécialisé dans le photo reportage et l’on trimbale sa suffisante image à la une des medias dans le rôle avantageux de la conscience morale déclarative. Ce qui énerve là, ce n’est pas tant les sujets de préoccupation bien légitimes certes, que les poses avantageuses prises et le sentiment de dégradation des services de la République qu’ils induisent, comme si soudain on se retrouvait dans la première république bananière venue comme on dit, où un petit nombre d’intimes décident des affaires du monde entre deux cocktails. Peut-être tout se passe-t-il plus ou moins de la sorte entre puissants, mais ce qui choque ici, c’est l’impression soudaine que le théâtre se joue à tréteaux nus et sous les caméras de la télé réalité. Que voulez-vous, on croit encore aux vertus et aux usages des États démocratiques, enfin, on voudrait bien continuer à y croire !