TEMPÊTE AU THÉÂTRE DE L'ODÉON

On se souvient que dans la célèbre pièce de Shakespeare: "La Tempête", le magicien Prospero provoquait à dessein une tempête afin de mettre les puissants du moment en situation de se dire quelques vérités. Il faut croire que le milieu du théâtre a lu Shakespeare puisqu'il réédite à dessein ce psychodrame.

L’occasion lui en est fournie par le remplacement d’un directeur de théâtre national (Olivier Py à l’Odéon) au terme de son mandat, et la cérémonie des « Molières » qui se prépare sera, nul n’en doute, l’occasion d’en appeler au jugement des pairs et du public en général dans ces déclarations définitives et déclamatoires qui font les délices du monde théâtral. Car le théâtre est en France, d’abord, ce lieu où l’on proteste et le plus sûr marqueur du climat de la culture qui reste à l’orage. De quoi est-il question au juste ? Du pouvoir du Prince (ou du Ministre de la Culture en l’occurrence) de nommer aux fonctions de direction d’établissements placés sous la tutelle de l’État des hommes et des femmes qu'il distingue par leurs qualités et compétences. Qu’y a-t-il là d’extravagant ? Un effet de la censure? Allons donc, cela se passe ainsi depuis des décennies sous tous les gouvernements où pour être nommé aux titres et fonctions nationaux, il faut bien sûr du talent mais aussi beaucoup d’entregent et d’influence. L’actuel directeur de l’Odéon qu’on écarte et qui se plaint aujourd’hui de ces mauvaises manières n’en a pas manqué non plus lors de ses précédentes nominations à ce que l’on sait, puisqu’il a remplacé un directeur (Jo Lavaudant) qui ne voulait pas, lui non plus, partir si tôt. Oui mais voilà, le moment n’est guère propice et tout indique que la profession des professionnels n’est guère prête à admettre comme légitimes les décisions prises par un pouvoir que l’on juge usé, sinon disqualifié. Car c’est là le vrai fond du débat, on veut bien tout attendre de l’État, mais on veut aussi décider à sa place, démocratiquement en somme et si possible en ménageant ses propres intérêts. Alors on mobilise les amis, les réseaux, les personnalités connues afin d’impressionner le bon peuple et si possible le pouvoir politique. Ceux qui savent à quoi s’en tenir sourient de ces conflits de cour. Car en fin de compte tout cela rentrera bien vite dans l’ordre lorsque les chaises musicales auront fini de changer sous les postérieurs de leurs titulaires. Et voilà du reste que notre malheureux directeur vient d’être nommé à la tête du plus prestigieux des festivals de théâtre du pays (Le festival d'Avignon). Vous me direz que si on n’avait pas fait ce tapage, il n’en aurait peut-être rien été, c’est possible, enfin comme il fallait calmer ce petit monde voilà une nomination qui tombe à pic. Mais quid de ceux qu’on remplace ? il va falloir aussi leur trouver un bon point de chute. Mon dieu qu’il est compliqué de nommer aux fonctions dans notre République ! En somme tout cela aura causé une tempête mais comme on le voit bien, dans un verre d’eau !