FIAC 2011 ET BIENNALE DE LYON

robert Kusmirowski On a dit beaucoup de bien de la dernière FIAC, qui ayant renoué, avec une trentaine de galeries américaines de retour cette année, aurait retrouvé son standing international. C’est assez vrai et en même temps, un peu triste. En effet, cette manifestation ressemble à s’y méprendre à toutes celles qui plantent leur drapeau ici et là dans les métropoles planétaires. Aussi bien on y retrouve les mêmes galeries, les mêmes artistes. C’est à se demander si le succès ou l’échec de ce genre de manifestations ne se mesure pas au nombre de noms « incontournables » qu’on a ou qu’on n’a pas à présenter. On visite donc cette foire avec le plus grand intérêt, mais un intérêt documentaire pour qui s’intéresse à l’art qui se fait. L’intérêt marchand est autre chose, il a besoin lui, bien sûr, de valeurs reconnues et estampillées, garanties par de grandes galeries ayant pignon sur rue, pour investir et c’est sans doute le but de ces grandes foires. De ce point de vue, la Fiac tient son rang. Quant à moi, même si j’y ai vu certaines oeuvres intéressantes, je suis un peu resté sur ma faim. Mon coup de cœur cependant, pour une œuvre d’Antony Caro, une pièce de ce maître de l’école anglaise de la sculpture proposée à 140 000£, une vraie merveille.

Le lendemain, j’ai visité la Biennale de Lyon. Je n’avais pas vu la précédente, mais celle-ci m’a paru épatante. La ville s’est couverte de lieux propices à présenter de l’art contemporain : site des Confluences, Musée d’Art Contemporain. C’est à ce genre de dispositifs qu’on mesure l’ambition d’une ville. J’ai connu Lyon sans ces équipements, la Halle Garnier faisait office de vitrine, mais quelques années plus tard, la ville avait changé et basculé dans le bon sens, était devenue une vraie grande métropole culturelle. Aux Confluences donc, l’exposition s’ouvre sur un « tombé de rideau » de Ulla Von Brandenburg, du plus bel effet. Avant qu’on ne contourne le site circulaire d’une bibliothèque incroyable due à l’artiste Polonais Robert kusmirowski que l’on ne peut voir que du premier étage comme si on y pénétrait par le toit. On se souvient que cet artiste avait déjà frappé fort au Barbican de Londres transformé en Bunker. Là on est dans une sorte de tour de Babel (allusion à Borges) murs couverts de livres, tas de livres au centre comme un débarras, un grenier à rats ou qui sait un bûcher en préparation et puis des machines du siècle dernier, des outils pour on ne sait plus quels usages, des meubles de bureau ou d’atelier, enfin des dispositifs qui indiquent un usage mais dont il est difficile de savoir lequel. Plus loin, un certain Arthur Bispo do Rosario, Brésilien né avec le siècle dernier et décédé en 89 qui mélange des techniques d’art brut, de couture et de tissage pour célébrer la gloire de Jésus, de Marie et pour faire l’inventaire minutieux de ses contemporains morts dont il dresse la liste. Une de ces œuvres à mi-chemin du profane et du sacré, du primitif et du conceptuel, que l’époque peut mieux comprendre aujourd’hui qu’autrefois. Beaucoup de dessins ensuite, ceux de Marlène Dumas, toujours aussi saisissants, mais aussi ceux d’Hannah Van Bart, du chinois Yun Fei Ji, ou encore les grands pastels de Marina de Caro, sans compter les étourdissants dessins érotiques de Ruyh Laskey. En somme, une Biennale comme on les aime, avec beaucoup de découvertes, des œuvres fortes dans un environnement adéquat et puis des confirmations, comme ce retour du dessin dans l’art après l’époque où l’on n’apprenait plus le métier dans les écoles d’art. Un encouragement pour l’avenir.