L’AN 1 DU MINISTÈRE DE LA CULTURE SOCIALISTE

Il est de coutume qu’après la première année, un nouveau pouvoir soit examiné à l’aune de ses promesses, de ses résultats et de ses projets. Pour la politique générale du nouveau président, les sondages mesurent à ce stade un étiage un peu décourageant. Et pour la culture ?

Ceux qui ont un peu de mémoire se souviendront des promesses d’avant campagne, le doublement du budget de la culture (il faut dire que c’était la candidate Aubry qui avait fait cette promesse) et non l’actuel Président qui à son habitude, n’avait dit ni oui ni non, mais laissé entendre que la culture « qui est dans les gènes de la gauche depuis toujours » serait sauvegardée. La profession des professionnels n’en doutait d’ailleurs pas et trouvait que le régime précédent qui avait « sanctuarisé » le budget ne faisait décidemment pas ce qu’il fallait. Las, il fallut déchanter. Le premier acte fut ce bras de fer perdu par la toute jeune ministre de la culture contre le ministre du budget qui ferma le robinet. Et il fallut expliquer que la dureté des temps expliquait cela. Seul, le spectacle vivant et un peu les arts plastiques échappèrent provisoirement à la baisse générale. Du coup, ce secteur très dynamique attend avec impatience pour 2013 « sa » loi d’orientation (on ne parle plus de programmation) sur le spectacle vivant et la création promise pour 2013. Bien des tentatives ont déjà été faites dans ce sens, bien des colloques, des entretiens se sont tenus sur le sujet, mais nul gouvernement jusqu’ici n’a voulu se lier les mains. Or que demandent les intéressés en fait ? Ils demandent une politique. Certes, ils n’osent pas le formuler de la sorte, mais chacun sent bien que les politiques culturelles menées depuis de longues années ressemblent de plus en plus à des systèmes d’allocation de ressources publiques à une activité qui n’est plus structurée ni par une visée, ni par un projet de société sinon de civilisation. Une loi aurait le mérite d’amener la représentation nationale à formuler enfin quelque chose qui y ressemble. Cette loi est annoncée, la verra-t-on venir au parlement, c’est toute la question. En attendant, le ministère de la culture s’est attelé à une tâche qui est essentielle, celle de l’éducation artistique et culturelle. Le passage par une commission de réflexion n’a pas été, semble-t-il très convaincant d’autant que celle-ci a eu le sentiment d’être instrumentalisée et que les fonctionnaires du ministère écrivaient dans son dos ce qu’elle était censé dire, mais enfin, le sujet était sur la table. Ce n’est pas là non plus la première fois. La seule question ici sera celle des moyens et de la volonté. On sait ce qu’il faut faire, on sait aussi depuis le temps de la loi Lang-Tasca, à peu près comment faire, reste la mise en œuvre dans ce dialogue périlleux entre le Petit poucet culture et le Mammouth Éducation nationale. Avec à la clef ce risque supplémentaire de voir se fondre l’un dans l’autre ces deux ministères revenant à l’avant Malraux ou le secrétariat d’État aux Beaux-Arts était un département de l’Instruction publique. Ce risque n’est pas si incertain que cela et la tentation sera grande pour un gouvernement resserré que tout annonce, de l’entreprendre. Et puis, il y a les intermittents dont les dispositions de la loi qui règle leur statut à l’Unedic arrivent aussi en discussion en 2013, dans le pire contexte budgétaire des caisses d’allocation chômage. On voit par là que si la première année de ce nouveau ministère n’a pas grand- chose à mettre à son actif, (à part peut-être cette volonté affichée de nommer des femmes partout) ce dernier aura à faire preuve dans les mois qui viennent de beaucoup d’adresse et de savoir-faire s’il veut seulement sauver sa peau.