AVIGNON 2013

En Avignon, les étés se suivent et ne se ressemblent pas. Sur le plan théâtral, cette année est la dernière du tandem Archambaud/Baudriller qui a bien tenu sa partie pendant dix ans et s’annonce l’ère Py à la suite d’un jeu de chaises musicales décidé par F.Mitterrand.

Or voilà que le même jeu entraîne les mêmes conséquences. Le milieu théâtral bruit de la rumeur des nouvelles nominations à la tête des Centres dramatiques nationaux. Comme toujours en pareil cas, les lobbys s’activent, les protestataires protestent, la ministre ou son cabinet décide et chacun de dénoncer la main du pouvoir derrière la souhaitable promotion des talents. Car le théâtre a ceci de particulier qu’il est en France l’expression directe de la volonté du pouvoir qui détient celui de nommer. Cela date du temps des premiers Centres dramatiques à l’époque de J.Laurent, autant dire au siècle dernier, mais à l’époque (notons-le au passage), si les directeurs l’étaient « intuitu personae » ils étaient aussi responsables sur leur propres deniers de la gestion de leur établissement. Toujours est-il qu’à cette fonction, on suspecte la main du politique et il est vrai que le théâtre est de tous les arts, le plus politique. Les hommes de théâtre de la décentralisation l’ont été, Vilar en a été la figure la plus exemplaire et sans doute la plus rigoureuse, mais à leur façon aussi Planchon, Sobel, un temps Chéreau ou Vincent et tant d’autres. Ceux-là ne se privaient pas de délivrer du haut de leurs scènes des leçons au pouvoir. Facile, pourrait-on dire lorsque c’était la droite qui gouvernait, les hommes que je cite étant tous de gauche. Plus difficile lorsque c’est la gauche qui gouverne. Que lui dire ? Que dire lorsqu’on est « entre soi » ? Sur quels critères nommer ? Des gens de gauche, cela va de soi et si l’un des malheureux désigné comme « de droite » se trouve être à la tête d’un établissement, on le dégage comme à Montpellier. Mais c’est au nom du service public et de la conception de ce que doit être un théâtre public ! Et voici que fait à nouveau surface cette fracture entre théâtre public et théâtre privé, une exception française de plus qu’on ne retrouve dans aucun autre pays. En somme il y a un théâtre légitime, oserions-nous dire officiel, et doit-on s’étonner ou s’affliger qu’en Avignon précisément on invite beaucoup de grands créateurs étrangers ? Et si ceci expliquait cela ? Oser un tel argument frise l’outrage. Non, plus simplement le critère de nomination est simplement la parité. Ah, en voilà un critère artistique, la parité, comme en politique, comme pour les élections. Et le talent ? Il est, il vient ou il viendra, ce n’est pas le plus important, l’important c’est le symbole ! Mais au fond me direz-vous, est-ce que ça change beaucoup ? Est-ce que de tout temps sous des formes plus ou moins hypocrites, la main du pouvoir ne lançait pas toujours les dés et est-ce que la nomination aux fonctions n’est pas le principal pouvoir des ministres maintenant qu’ils n’en ont plus beaucoup d’autres, leur budget fondant comme neige au soleil ? Quant à avoir un projet de société, une politique culturelle comme on en a connu dans les grandes époques, c’est une autre affaire. A. Mnouchkine qui n’a pas eu besoin de la parité pour s’imposer, ni qu’on la nomme pour rester dans son théâtre depuis si longtemps, bref quelqu’un qui défie et les critères et les usages mais dont le talent est indiscutable, faisait remarquer que le vrai problème et le plus urgent, était l’enseignement du théâtre (des arts) à l’école. Elle avait mille fois raison. On a bien vu la Ministre A.Filippetti s’engager dans cette voie au début, mais où en est-on aujourd’hui ? On apprend qu’en fin de compte les Dracs vont recycler leurs crédits éducation sdans un sens plus démocratique, en d’autre termes vont soupoudrer au lieu de concentrer. Vieille rengaine, elle aussi chantée depuis longtemps. Même aux héroïques temps du plan Lang/Tasca pour l’école, derrière l’affichage volontariste se glissait une sorte de planification à minima qui ne répondait pas en fait aux besoins. C’est que le passage des expérimentations culturelles (qui durent depuis trente ans par parenthèse) options, ateliers, à la généralisation des pratiques artistiques à l’école, entraîne des coûts considérables et que derrière les intentions que TOUS le ministres ont un jour ou l’autre affichées, cette question des moyens a toujours fait échouer ce projet qui devrait être une priorité. Mais disons-le, à ce stade, celui qui détient les clefs du problème est toujours le ministre de l’éducation nationale. Or tous les gens sérieux savent que c’est là la tâche principale de l’État et sa vraie responsabilité et non le fait de désigner des artistes aux fonctions, mais qui ose le dire ?