PALOMBES ET PRIX LITTERAIRES

Cela ressemble au passage des palombes dans le ciel béarnais et cela se passe à la même époque, la « passée » des prix littéraires se fait en plusieurs vagues et il s’agit de franchir l’obstacle des Pyrénées sans y laisser des plumes. Oh, je dis des plumes, mais il y a bien longtemps qu’on n’écrit plus à la plume, il est vrai que c’était à la plume d’oie à l’origine et que les oies, quand elles passent sous nos cieux passent aujourd’hui très haut et hors d’atteinte, évoquant des temps anciens.

Il n’est pas davantage question de la plume « sergent major » ou « gauloise » avec lesquelles les instituteurs de la III° République (ceux qu’on révère encore) apprenaient à tracer à l’encre violette les lettres minuscules sur les cahiers d’écolier. Exit toutes ces plumes, désormais, on « twitte », on « maile » et l’on bannit subjonctif et périphrase. On va à l’essentiel en quelques mots, on n’a plus de temps à perdre. Ainsi, comme un vol de palombes qui part de manière dispersée à la fin de l’été, les livres sont partis début septembre alors que les jours raccourcissent. Certains de ces oiseaux se sont attardés en route, d’autres se sont égarés ou perdus, mais parmi les cinq cents qui ont été lancés, une poignée seulement avait assez de grain dans le jabot pour se porter aux avants postes et tenter d’y rester. On les compta dès octobre avec la liste des prétendants à tel ou tel prix. Pour eux, l’essentiel était atteint, ils étaient dans la « short list » et comme pour la course automobile, c’était une course de pilotes mais aussi de constructeurs. S’agissant de maisons d’édition le mot n’est pas trop fort et les enjeux sont comparables. Un prix Goncourt et c’est l’équilibre des comptes de l’année assuré et même au-delà, à condition de ne pas se tromper et de sélectionner le bon roman, celui qui se vendra bien et non de ces romans qui au-delà du succès d’estime tombent des mains de lecteurs de plus en plus pressés. Mais enfin, nous y voilà, pour la palombe c’est la St Luc, pour la littérature c’est la St François (de Salles) le patron des écrivains et des journalistes, mais qui s’en souvient encore, et du reste son anniversaire tombe en Août. Il faut trouver autre chose, la St Goncourt, conviendrait mieux si ce n’était faire offense à la sainteté que d’évoquer ces deux aimables pipelettes dont Charles Danzig disait que c’était « un tandem de coureurs cyclistes pédalant de toute la force de leurs grosses cuisses tout en battant des faux cils », une méchanceté dans le goût de leur journal. Mais enfin, ils nous ont laissé un prix et le goût de la table où l’on reçoit les lauréats après un bon repas. Mœurs françaises et véritable marqueur du début de la saison des prix. La première palombe tirée finira donc dans l’assiette et sera de nature à sustenter un milieu éditorial affamé de royalties et un milieu littéraire dont le babil fera la gloire éphémère des lauréats de l’année. Ensuite, il y a aura autant de prix qu’il y a de jours dans le calendrier, mais de ces auteurs laurées, le public ne retiendra qu’une dizaine. Passé novembre, on parlera d’autre chose. De politique, tiens, les municipales approchent, le gouvernement décroche, Bercy envoie des taloches en forme de rappel d’impôt, et les Français regardent ce qui reste au fond de leurs poches. C’est la vie. C’est là qu’on se dit que c’est encore heureux qu’il y ait des livres, des romans, pour nous faire croire avec Proust que la vie, « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c’est la littérature . »commentaires éventuels sur(marcbelit.blog@parvis.net)