L’EUROPE ET LA CULTURE

Comme chaque année, depuis six ans, le Forum d’Avignon rassemble des artistes, des industriels, des universitaires, des journalistes, des financiers, des bénévoles afin de parler de culture et d’avenir.

Cette fois, le sujet porte sur « les pouvoirs de la culture » et les raisons d’espérer de ce secteur. Or, trop souvent, et c’est en France, devenu un lieu commun, la culture est assimilée à un loisir coûteux qu’en ces temps de disette budgétaire, les collectivités comme l’État ont tendance à revoir à la baisse. Mais il y a culture et culture, celle des subventions aux associations et aux artistes et celle des industries culturelles dont on pourrait penser que tout les oppose. Mais il n’en est rien. Un récent rapport du cabinet Ernst et Young établit qu’en France, la valeur économique des industries culturelles est évaluée à 74,6 milliards, autant que l’immobilier (75) la restauration (77) davantage que les télécoms ou la chimie, davantage que l’automobile (59) ou le luxe (43). Ce secteur fait vivre 1,2 millions d’individus soit 5% de l’emploi intérieur français dont 92% en emplois directe et 8% dans les activités connexes. Ajoutons que ces emplois ne sont pas délocalisables et que le secteur est en croissance notamment en raison de la forte consommation culturelle des Français, le cinéma par exemple (200 millions de spectateurs), les musées (56 millions de visiteurs) le spectacle vivant et musical (21 millions de spectateurs). L’ensemble représente 8,4% des dépenses de consommation des ménages, soit 4% du PIB. Cela c’est le marché intérieur et il est alimenté par les ressources des Français et les subventions publiques qui sont aussi une forme de ressource des Français puisqu’il provient de l’impôt. Le bilan à tirer de ces chiffres c’est que nous sommes avec la culture en présence d’un secteur dynamique, en expansion, créatif et productif. Nous avons au fil des années mis sur pied un système dans lequel ressources propres, crédit d’impôt, aides directes et indirectes, subventions fonctionnent correctement. Il y a donc en France un système mixte complexe qui mêle les aides à tous les échelons qu’elles relèvent de l’industrie, de la manufacture ou de l’artisanat culturel. C’est ce qu’on appelle « l’exception culturelle française », cela même que le commissaire européen Barroso qualifiait récemment d’archaïque. Il faut cependant reconnaître que notre faiblesse est l’exportation. Nous savons importer des clients (spectateurs, visiteurs, touristes) mais avons du mal à exporter nos produits, films, teléfilms, musique, livres, en raison du fait que notre langue n’a pas les avantages de la langue dominante, l’anglais, et que, d’autre part, nous avons laissé détruire (nous Français mais les Européens en général) nos industries électroniques, que nous avons perdu (sans la livrer) la bataille des canaux, des réseaux, de la toile, du hardware. L’Europe a évidemment un rôle majeur à jouer. Est-il admissible que cet ensemble de plus de 500 millions d’habitants n’ait pas su créer ou préserver un seul des grands outils de diffusion de la culture sur Internet ? Et n’est-il pas temps désormais de faire de ce secteur une priorité face au rouleau compresseur américain. Il faut de toute urgence à la culture européenne des porte-avions informatiques comme il fallait hier des tanks à l’infanterie. La guerre de la culture et de la communication est engagée, l’avenir de notre culture en dépend, espérons que les prochaines élections sauront s’emparer de ce sujet en lieu et place des tristes débats monétaires linguistiques ou frontaliers qui n’annoncent que le repli frileux et la peur du monde qui va.