MALAISE DANS LA CULTURE

Il y a un moment que cela couvait, cela mit du temps à se déclarer, mais il semble que désormais l’orage soit près d’éclater. De quoi s’agit-il ? Il s’agit de la crise dans le domaine culturel.

Voilà un domaine qui vit principalement sur le mode subventionné et qui est donc directement tributaire des libéralités comme des restrictions des moyens publics. En phase d’expansion, la culture accompagne l’épanouissement des arts et des personnes, en phase de restrictions, elle est immédiatement rendue à sa précarité. Notre système, en effet, s’est développé sur le mode d’une obligation que l’État s’est fixée à lui-même et les collectivités l’ont suivi sur ce mode de service public de la culture. Oh, pas à la façon de l’éducation nationale, mais en affirmant et en défendant une politique culturelle, que, soit dit en passant, aucun des gouvernements de la V° République, de gauche comme de droite, n’ont remise en cause. l’État s’était fait le garant de cette politique. Et voilà que l’époque est aux économies à trouver partout. La cour des comptes tance le gouvernement, les économistes s’accordent tous ou presque sur le fait que le train de vie de l’État est trop lourd, il faut donc passer à l’exercice pratique et opérer des coupes drastiques, (la réserve actuellement appliquée au budget de la culture pour 2014 est de -7%, une paille !) Ajoutons à cela que le régime des intermittents du spectacle qui vient malencontreusement en renouvellement cette année fait l’objet d’un désaccord majeur entre le MEDEF d’un côté et les syndicats de salariés, avec des nuances d’appréciation entre syndicats, d’autre part, et on aura compris que s’esquissent les contours d’une crise majeure. Car, il faut bien voir que ces cents milles intermittents qui sont concernés par ce régime, du reste pas si avantageux que cela, (la moyenne des rémunérations qu’on y verse tutoie le SMIC et les quelques gros salaires versés principalement aux gens du cinéma ne sont que l’arbre qui cache la forêt), ces intermittents donc, travaillent dans la culture et sont supportés par l’Unedic. Clairement cela signifierait que si on les réintégrait au régime général, c’est un milliard qui manquerait au budget du ministère de la culture. On voit donc l’embarras. Mais par ailleurs, comment justifier totalement cette « exception culturelle » ? (une de plus). Comment justifier qu’un électricien au chômage suive le régime général sauf s’il est électricien du spectacle ? Idem pour les manœuvres, les machinistes et comme on l’a vu dans l’audio-visuel jusqu’aux secrétaires de bureau. Peu de gens savent en effet que cette convention sur l’intermittence comporte deux annexes, l’une qui concerne les artistes et l’autre les techniciens. Que les artistes qui travaillent de manière intermittente soient ainsi pris en charge est logique, mais les techniciens ? Poser le problème relève syndicalement de l’outrage et pourtant ? De même, accepter que l’audiovisuel avec toutes ses dérives émarge à l’intermittence alors que les grands groupes de ce secteur peuvent fournir des emplois pérennes est aussi une question. Question qui se pose différemment pour le cinéma pour lequel ce système fut en fait institué à l’origine mais dont le gonflement d’ayants droits issus de toutes les catégories pousse à l’embolie. On voit bien que nous sommes devant un vrai problème dont la solution ne peut faire que des mécontents. La profession s’insurge et les manifestations logiquement vont suivre, l’exemple de 2003 est dans toutes les mémoires. La gauche de gouvernement est embarrassée car elle ne veut pas au fond de cette crise, mais elle est obligée aujourd’hui de regarder cette réalité en face que des gouvernements successifs ont éludée tant elle était porteuse de risques de conflit. Les postures sont arrêtées, les discours sur l’utilité de la culture sont prêts, on va avoir droit à la mobilisation des bien pensants. Le problème est que l’État et les collectivités sont exsangues. Comment sortir de cette impasse ? Il y a bien des solutions, mais toutes ont la particularité de mécontenter telle ou telle catégorie de gens. Qui a dit que gouverner c’est choisir ? Voilà une assertion fausse : gouverner, par les temps qui courent, c’est mécontenter. De là, la tentation de regarder ailleurs…