NOTRE LUDION NATIONAL

Revoilà notre ludion national. Il avait disparu des écrans radar à la fin de l’été , période durant laquelle il avait mobilisé l’ensemble des gazettes versées dans la chose artistique sommées de lui consacrer couvertures et articles en abondance afin de comprendre une bonne fois pour toutes que répondre à une question qui ne se posait pas pouvait faire une belle exposition d’été. Et ce fut le cas, « Les aventures de la vérité » furent ainsi, la phase estivale des aventures de notre Rouletabille des révolutions.

Il en tira un livre, puis un film qu’il mit avec application au centre de l’attention médiatique et il disparut. Où donc ? A Marrakech ou dit-on il ses aises, à Tel Aviv où il a ses doutes, à New-York où il a ses interlocuteurs ou tout simplement à Paris où il a ses fournisseurs ? Qu’importe en effet où il se cache, il est suffisamment visible lorsqu’il y a un projecteur allumé quelque part pour qu’on ait l’impression qu’il n’est jamais loin. La guerre en Syrie, nous le montra un peu, tapant du poing sur une table, l’œil noir et menaçant les caméras, mais la pusillanimité des puissants et l’embarras de la situation ne permit pas à la pose de tenir longtemps et les caméras repliées, l’attention se porta ailleurs. Et voilà qu’au sortir de l’hiver, l’Ukraine s’enflamme. Certes, cela couvait depuis longtemps et l’on sentait bien qu’entre le parti Européen et le parti Russe ce pays, dirigé par un tyran élu il faut le dire, était au bord de l’éclatement. Ce qui ne manqua pas de se produire certain jour de février lorsque la place Maïdan fut mise à feu et à sang dans un décor d’immeubles brûlés et de neige souillée. On appelle ça une révolution. Et s’il y a révolution, il y a forcément BHL. À peine vit-on la police tirer sur la foule, les barricades monter, la fumée et les chars, à peine vit-on sur l’écran des télévisions le retour de l’égérie emprisonnée Oulia Timochenko haranguer la foule avec sa tresse blonde désormais nouée sur une chevelure qui ne l’était plus, qu’on voyait surgir en vignette au bas de l’écran, la face ravagée de souffrance de notre BHL affligé d’une barbe de plusieurs jours. L’œil encore plus noir que d’habitude, la chemise blanche moins bien repassée sous le costume de deuil il expliquait aux béotiens que nous sommes et aux politiques incapables, ce qu’il fallait faire. À côté de lui, Fabius, comme hier Juppé, avaient l’air de sortir d’une boite à cartons, alors que lui, c’était l’évidence avait passé ses nuits et ses jours sur les barricades. Quel diable d’homme ! Et puis, on le revit dans Kiev libéré, au milieu des grands, à côté de Hollande comme hier à côté de Sarkozy, dans la photo officielle, bronzé, svelte, costume noir et chemise impeccable, posant tout sourire avec les vainqueurs du moment. Comment dire ? Tout cela serait drôle si ce n’était tragique. On a envie d’en rire tellement ce poseur impénitent ressemble à un gosse mal élevé qui se pousse sous les jupes de ses tantes au bois de Boulogne parmi les cerceaux de l’enfance, mais lui, désormais, c’est sous les bombes et sous le vent de l’histoire qu’il pousse son cerceau et son avantage. Vous voulez mon avis ? Je le soupçonne de vouloir un jour ou l’autre succéder à Élie Wiesel comme Prix Nobel de la paix. Vous me direz que, comme lui il n’a pas été victime des Nazis ni n’a écrit de chef d’œuvre, mais c’est tout comme !