UN NOUVEL IMBROGLIO

« Imbroglio » en Italien se dit « embrouille » en Français et nous voilà aujourd’hui devant une nouvelle embrouille. Le gouvernement précipite une réforme territoriale dont on se demande quel est le véritable objet ? Parer à une défaite électorale à venir et rebattre les cartes qui écarteront les échéances et mélangeront les électorats ? Réduire le train de vie de l’État en abaissant le niveau des frais liés aux nombreux exécutifs ? Se mettre au diapason européen d’une Europe des régions ce qui est malaisé avec un État centralisé ? Toutes ces raisons doivent certes concourir au calcul électoral, mais déterminer laquelle est la plus déterminante est difficile à dire.

Les Français, comme c’est souvent le cas, rechignent et se découvrent soudain des liens avec les régions qui, jusque-là ne semblaient pas trop les préoccuper à telle enseigne que si on demande le nom du Président et de quelques élus de sa région, on a une réponse à peine moins diserte que pour l’Europe. Mais voilà, on n’est jamais tant attaché à quelque chose que lorsqu’on a le sentiment qu’on vous l’enlève. C’est donc le cas de ces régions nées dans les années quatre-vingt et considérées alors comme des pures créatures technocratiques auxquelles il a fallu donner, retrouver ou créer des identités. Et on a ainsi vu refleurir dans un folklore réjouissant, les anciennes provinces terreau des langues régionales. Une nouvelle perception s’est faite jour alors, celle d’identité régionale. Précisément celle que la Révolution française avait voulu briser et éradiquer, établissant les départements sur les dépouilles des provinces. Au sommet était l’État égalisateur et souverain, au-dessous la multitude des départements, espaces qu’on pouvait parcourir en une journée de voiture à cheval. Ces espaces étant eux-mêmes divisés administrativement en cantons et sous-préfectures. Ce dispositif dure depuis la fin du XVIII° siècle. On n’a pas jusqu’ici pu le faire disparaître, alors on en a multiplié les niveaux. Considérant que la population se concentrait dans les villes on a créé les intercommunalités, les communautés de communes, considérant que de petites zones rurales le plus souvent restaient à l’écart on a ensuite inventé les pays. Il faut dire que l’imagination administrative est en France singulièrement productive d’ensembles, de règles et de décrets. En revanche, si on a superposé tous ces niveaux on n’a pas eu le courage d’en supprimer même un. Le précédent président s’était attaqué au problème en le prenant par le biais de ses représentants, c’était le conseiller territorial, à cheval sur deux assemblées dont l’une aurait supplanté l’autre à terme. Une idée pas plus mauvaise qu’une autre, mais tout occupée à déconstruire le travail de ses prédécesseurs la nouvelle majorité l’a abrogé et se retrouve à devoir répondre à la même question avec la même insuffisante suffisance : comment simplifier le millefeuille administratif français ? La réponse est d’autant plus malaisée que tout notre système est de nature pyramidale. Nous avons crée un État central qui est le pivot de notre vie politique et la source de notre destin national. Ce dernier doit s’appuyer sur les citoyens réunis dans des entités territoriales qui seront d’autant plus homogènes que celle-ci seront multiples, la résultante de cette division étant l’expression de la volonté générale car toute entité qui grossit affaiblit son exercice et lui dispute sa représentativité. C’est tellement vrai que le député ne représente pas tant sa circonscription qu’il n’est un élément de la représentation de la Nation. Or l’existence des régions va à l’encontre de ce dispositif. À y bien regarder elle morcelle la souveraineté et la dispute à l’État (on l’a vu avec la revendication de lever l’impôt). Les États fédéraux le savent bien qui n’accordent à l’État central qu’un rôle de coordination, laissant l’exécutif aux régions. On voit donc bien le travers de toutes ces réformettes, c’est comme au point de vue fiscal, à vouloir esquiver la grande réforme fiscale et institutionnelle que le pays attend et sur laquelle les citoyens devraient être consultés, on bricole des arrangements électoraux ou réglementaires, accentuant ainsi le malaise des Français qui perdent confiance en eux-mêmes, en leurs institutions, et se mettent à réclamer les temps anciens de leurs frontières et de leur monnaie. Est-il possible de mener une politique plus contre productive et est-ce vraiment l’urgence du moment?