PLUG ANAL ET COMÉDIE ARTISTIQUE

Voici une affaire comme il s’en concocte parfois dans le milieu de l’art qui vient d’avoir Paris comme destination et la place Vendôme comme théâtre. Nous sommes à la période de la FIAC la célèbre foire d’art contemporain de la ville et cette dernière ayant invité l’artiste américain Paul Mac Carthy à présenter son œuvre dans un espace public, le facétieux américain connu pour ses penchants scatologiques n’a pu s’empêcher d’évoquer à propos de celle-ci la forme d’un « plug » anal que seuls les initiés connaissent lequel sert paraît-il à dilater l’anus avant la sodomie. Jusque-là, l’innocente structure gonflable était désignée comme un arbre-jouet en raison de sa couleur verte.

Le buzz des réseaux sociaux fit le reste et on ne sait trop qui (mais dans ce cas on trouve toujours ceux que l’on cherche), un quidam donc, gifla l’artiste et dans la nuit celui-là ou d’autres vandalisèrent la structure en la dégonflant. Émoi dans le landernau de l’art contemporain, certains s’indignèrent, d’autres se déclarèrent tristes, la jeune ministre de la culture évoqua les heures sombres de l’occupation où elle n’était pas encore née et l’artiste noblement replia sa toile gonflable. Mais l’essentiel était atteint : le scandale, la notoriété, (qui connaissait Paul Mac Carthy en dehors des amateurs d’art contemporain ?) la FIAC avait son scandale, les gazettes bruissaient comme il convient et on allait jusqu’à évoquer l’épisode de la commune où le peintre Courbet avait fait abattre la colonne Vendôme. Il faudrait se pincer pour ne pas en rire. Eh quoi, est-il si étonnant que cela qu’une provocation entraîne des réactions ? (C’est même son but si l’on y songe) et faudrait-il garantir aux artistes le droit à la provocation protégée? (mais n’est-ce pas là l’art officiel !) Après tout la pissotière appelée « Fountain » par Duchamp au début du siècle dernier avait fait aussi scandale en son temps et avait même reçu quelques coup de marteau de sorte qu’on ne sait plus où le premier exemplaire est passé. Alors qu’on dégonfle une baudruche n’est-ce pas en un sens le destin de tout objet de cet acabit ! On aurait envie de dire à ceux qui s’indignent que l’on s’indigne, mais réfléchissez un instant et vous verrez que tout ça est dans l’ordre des choses et relève d’un assez bon plan de communication même si l’issue, j’en conviens n’était pas si assurée que cela. Après, si on se laisse entraîner sur le terrain de la liberté de création, bien entendu, nul ne peut se satisfaire du fait qu’on interdise à une (faut-il appeler cela œuvre d’art?) d’être présentée au public. Mais voulez-vous que je vous dise, la tartufferie des poses indignées m’indispose tout autant que la bêtise des iconoclastes, aussi je prendrais le partir de l’indifférence avec le sourire d’un « à qui on ne la fait pas » !