LA QUERELLE DES CRÈCHES

La France disait le polémiste Rochefort éditorialiste et directeur du journal « la Lanterne » est un pays qui compte 36 millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement. Nous sommes aujourd’hui presque le double et nous avons toujours autant d’aptitude à être mécontents. Tout nous sert de sujet de querelle, chacun, au nom de ses convictions de ses lubies ou de ses aigreurs garde par devers soi un prétexte à s’insurger contre ce qui contrevient à ses intérêts ou à ses opinions et ce avec d’autant plus de force qu’il y trouve quelque motif juridique où fonder sa colère.

La dernière illustration en date en est la présence de crèches dans des lieux publics en période de Noël. Fut une époque où le goût pour la fête de noël, la célébration de la naissance de Jésus, les marchés de noël, la messe de minuit, le repas de fête, les douze grains de raisin qu’on consomme au jour de l’an, l’épiphanie, les fêtes d’origine chrétienne se mélangeaient avec le sapin enguirlandé et le Père Noël (lui d’origine plus triviale et récente), tout un folklore où la religiosité se mêlait aux comportements d’un pays de culture et de religion chrétienne depuis vingt siècles. Certes la révolution est passée par là, certes on a « bouffé du curé » depuis cette époque, certes on s’est divisés en « rouges » et « noirs » avec passion, certes la fin du XIX° siècle qui a connu la commune a fini par accoucher au siècle suivant de la loi de séparation de l’Église et de l’État qui était d’abord une loi de pacification laquelle appelait à distinguer la chose publique et les convictions intimes, mais on aurait pu croire que dans un pays à la religiosité déclinante, la querelle religieuse appartenait au passé. Cependant il s’est passé un événement qui a peu à peu changé les choses, c’est la venue de religions exogènes liées aux populations qui ne venaient pas de l’espace européen mais du monde arabe et africain islamisé pour dire les choses telles qu’elles sont. Ces populations-là réclament à la République pour beaucoup de leurs ressortissants, le droit de prier et donc d’avoir des lieux de culte, des interdits alimentaires et des comportements liés à leur religion. On a vu comment la présence du voile des femmes dans l’espace public a perturbé et enflammé les esprits. Rien d’étonnant donc que dans ce contexte, il y ait un réveil des religions autochtones ou du moins des comportements culturels qui y sont associés sous des formes très inattendues comme les manifestations contre le mariage pour tous, ou la présence de crèches et cela ne s’arrêtera pas là. Il y a comme un sursaut identitaire catholique plus culturel que cultuel du reste dont on sent poindre la revendication à mille détails et évènements sociaux. Or, notre société s’est calée sur des lois comme celle de l’interdiction des symboles religieux dans l’espace public qui date de 1905. Et il y a des gardiens vigilants de ces butoirs pour s’insurger dès qu’ils sont franchis et en appeler au jugement et au droit. Mais on voit bien cependant ce qui se passe insidieusement, c’est que l’espace de la raison et de la loi, l’espace des principes républicains de la concorde civile où chacun est respectueux des droits de l’autre se heurte de plus en plus à une société faite non plus d’individus mais de communautés qui réclament d’être traitées selon leurs croyances et pratiques et l’on voit quelle est la difficulté à résoudre ce problème. Car il y a d’un côté ceux qui cherchent la provocation et de l’autre ceux qui n’attendent que cela pour s’insurger et polémiquer. Nul ne songe que le temps de noël ne dure que quelques semaines et que le climat de guerre civile dure beaucoup plus longtemps. Les temps changent, les hommes non, l’âne, le bœuf, les petits santons de terre cuite ne se doutaient sûrement pas de quelle querelle essentielle ils étaient ainsi devenus les enjeux.