L’ÉCOLE COMME PRIORITÉ DÉMOCRATIQUE.

Regardant distraitement, l’autre soir, l’émission de « la Grande Librairie » à la télévision où dissertaient deux académiciens loquaces, une écrivaine muette et hagarde, et une critique littéraire à ce qu’il m’en a semblé, commenter les choix des livres préférés des français, j’eus la surprise de constater que leurs choix, si l’on excepte les effets de mode et de moment comme dans le cas « d’Harry Potter » ou du « Seigneur des anneaux », se portaient immanquablement sur des auteurs « du programme ». Je veux dire par là, des auteurs qu’on étudie en classe : Camus, Sartre, Proust, Céline, Flaubert, Dostoïevski, etc

Rien de très étonnant en somme, si ce n’est de constater que aujourd’hui encore où l’on s’interroge beaucoup sur la culture des français, la strate profonde qui s’observe chez eux, en est toujours formée par l’éducation nationale. Rassurant en somme. Et effet de collusion des événements, je mettais en parallèle ceci avec les nouveaux massacres d’élèves et d’étudiants que l’on voit se perpétrer aujourd’hui par des sectes musulmanes qui ont fait de l’éducation et de celle des filles en particulier, la cible de leurs attentats. C’est que ces gens qui se prétendent « talibans », c’est-à-dire strictement « étudiants » (talib en arabe veut dire étudiant) ont bien compris une chose : c’est par l’ignorance et la terreur que l’on domine les foules. Tout appel à la raison et à l’intelligence est appel à la liberté et donc toute école est ennemie de l’oppression obscurantiste. Ces nouveaux soldats de l’ignorance qui en passant, dévoient l’Islam dans une dérive sanguinaire, ne s’y sont pas trompés et on comprend alors que le récent Prix Nobel de la paix ait été donné à une jeune pakistanaise de 17 ans : Malala Yousazaï précisément en raison de sa lutte pour le droit des enfants et notamment des filles à l’école. Le fondement de cette haine de l’école, c’est-à-dire de l’instruction de tous, est qu’elle mène à la liberté de conscience et à la construction du futur citoyen. Cela les révolutionnaires français l’avaient compris tout de suite et pendant longtemps les élites du tiers monde en avaient fait leur crédo. Ce qui est nouveau aujourd’hui c’est que les nouvelles élites (mais faut-il employer ce mot pour de purs terroriste ?) font de l’école une cible. Le redoutable mouvement Nigérian « Boko Haram » dont l’énoncé signifie littéralement : « l’école occidentale est un péché », le revendique. C’est au nom de ce principe qu’ils enlèvent les enfants des écoles, les massacrent, les vendent, transforment les jeunes filles en femmes à soldats, bref terrorisent dans un mouvement qui se veut la culture de l’inculture. On comprend alors ce qui se passe. Leur haine de l’occident, globale, aveugle est telle, leur confiance en une parole prophétique à dimension religieuse est telle, qu’ils pensent qu’il faut faire triompher celle-ci pour contrer celle-là et que tout ira mieux désormais dans un monde régi par la religion plutôt que par la raison. Au siècle dernier, souvenons-nous, nous avons connu pareilles folies, non pas tant religieuses qu’idéologiques, les Khmers rouges eux aussi avaient transformé les lycées en camps de torture d’étudiants, eux aussi après Mao, avaient fait la chasse aux intellectuels, renvoyé les villes à la campagne, brûlé les livres pour travailler les champs. Il y aurait beaucoup à dire sur cette dialectique de l’évolution et de la révolution. Aujourd’hui cette contre révolution se mène au nom d’un Islam qui se transforme en secte radicalisée, mais hier on avait connu d’autres dérives. La folie meurtrière s’habille selon les saisons de raison comme de religion, il ne faut pas se leurrer, rien ne protège absolument dans la guerre de tous contre tous, ni dans le pessimisme des temps. C’est bien là que l’école s’avère indispensable. Aussi, en regardant en cette fin d’année la Nième querelle sur les zones d’éducation prioritaires se mener en France où l’école de la République, il faut bien le dire, est souvent à la peine, on se dit, en cette fin d’année que s’il y a bien une priorité dans une République, c’est celle de donner une éducation épanouissante à ses enfants. Longtemps, elle a été en France la meilleure qui soit, il semble que ce ne soit plus le cas, il est urgent qu’on s’y emploie car dans le monde qui vient elle est, comme on le voit, un enjeu essentiel.