LES COUACS DE LA PHILARMONIE

J’ai dit mon plaisir d’avoir pu assister à la « nuit du Raga » à la toute nouvelle Philharmonie de Paris, j’ai dit la réussite esthétique et acoustique de la salle conçue par Jean Nouvel qui a accompli le tour de force de ne présenter aucun angle dans cet espace où circule le son sans aspérités.

Tout y est arrondi et asymérique, balcons aux décrochements vertigineux, plafonds avec leurs nuages aériens, élément central ajustable, bois partout, un peu de textile sur les fauteuils cependant mais c’est là que seront assis les gens, donc la partie absorbante est uniquement celle-là et la partie réverbérante est autour. Ce sont les célébrissimes cabinets Marshall Day et Nagata qui ont réalisé ce tour de force. L’équipe de Nouvel y a ajouté sa patte : tons miel et noir, selon les goûts du maître, blanc pour les circulations. La réussite architecturale de ce lieu paraît totale. On est d’autant plus étonné du contraste avec le bâtiment lui-même aux formes introuvables, qui se présente sous la forme de grands plans de béton empilés comme après une catastrophe. De surcroît, par temps gris et pluie (le jour où je l’ai vu) il était d’une tristesse de banlieue. Je sais bien que cette salle doit faire la liaison entre la ville et sa banlieue, mais je trouve que c’est bien peu engageant. On disait grand bien de l’idée d’avoir inséré à ce béton 340 000 formes d’oiseaux en aluminium en quatre teintes de gris pris dans la masse. Il doit s’agir de représenter les martinets voletant dans le ciel gris parisien, mais le résultat est assez pitoyable et fait penser à ces immeubles sur lesquels on avait collé des carreaux de mosaïques dans les années post Le Corbusier. Quant au reste, les coursives, les étages inférieurs, le rez-de-chaussée, rien n’est fini, il pleut partout, on a dû poser des bâches pour protéger des gens qui en sont réduits à monter des escalators comme dans un centre commercial inachevé. On comprend la colère de Nouvel qui a refusé d’assister à l’inauguration. Alors, qui a tort qui a raison ? Sachant que pour le directeur Laurent Bayle les contrats d’artistes sont signés et à honorer depuis longtemps, que le chantier tiraillé entre ses financeurs a pris deux ans de retard, que les coûts se sont envolés, passant de deux-cents à presque quatre-cents millions. On a l’impression que ce chantier, une fois de plus, incarne l’ambition et l’impuissance administrative française à qui l’on confie des équipements publics qu’aucun investisseur privé ne laisserait dériver de la sorte. C’est d’autant plus dommage que l’architecte est l’un des meilleurs du monde, que cette salle était attendue, qu’elle se remplit du reste parfaitement tous les soirs, mais tout cela dans un désordre et des polémiques sans fin quoique en fin de compte ce soit le contribuable qui paye ! On pourra trouve mon propos un peu démagogique mais néanmoins, il doit bien y avoir un loup quelque part !