LES EXPERTS ET LES MERCENAIRES

J’ai, comme de nombreux spectateurs, regardé auprès d’un bon feu, la finale du championnat du monde de Hand-Ball retransmise du Qatar avec, je dois dire, une impression étrange. Voilà donc que se jouait dans un improbable pays du golfe dont on n’avait jamais appris qu’il possédât une équipe et encore moins une tradition sportive dans ce domaine, la coupe du monde de Hand-ball.

. On se mit à s’y intéresser malgré tout, au motif que nous avons une équipe de France, qui, en ce domaine, brille de tous ses feux depuis longtemps. Or ce sport, jusque là, essentiellement européen, voyait d’ordinaire s’affronter plutôt des équipes européennes. Du reste la rencontre France/Espagne en demie finale, en donna largement la mesure. Mais la finale, justement se joua, comme on sait, contre le Qatar. Comment un tel pays dont on n’avait jamais vu le moindre joueur sur le moindre parquet, pouvait-il ainsi se hisser à ce niveau ? Telle était la question. Question d’autant plus troublante qu’on a vu qu’ils n’y faisaient pas de la figuration mais firent pratiquement jeu égal avec les Français qui ne l’emportèrent que de justesse. Alors ? Alors, on découvrit que l’on pouvait improviser un championnat du monde en construisant des équipements en plein désert, qu’on pouvait vendre des droits télévisés, qu’on pouvait engager les meilleurs joueurs et entraîneurs du monde et bâtir une équipe de mercenaires talentueux en peu de temps. C’est ainsi que des Bosniens (il y en a aussi d’originaires en équipe de France !) des Monténégrins, Cubains et même Français, provisoirement naturalisée et payés à prix d’or, défendirent l’honneur de leur maillot tout neuf floqué aux pétrodollars. Et pour faire bonne mesure et donner une ambiance européenne à la rencontre, on apprit aussi que les supporters espagnols avaient bénéficié d’un voyage organisé et payé par le petit État. Ils ne furent pas ingrats en faisant retentir le stade de vibrants : « Vamos Qatar » donnant à la définition de cette aventure l’allure d’une manifestation importée pour public importé et images exportées. Quand on sait que la coupe du monde de football a généreusement été octroyée à ce pays pour 2022, on ne s’étonne plus de rien. Le seul problème est celui de la température, mais ces diables de Qataris sont tout à fait capables de construire des stades climatisés, ils ont bien construit des pistes de ski dans leurs centres commerciaux. Quelle leçon en tirer ? Que le sport est devenu un business et un spectacle avant tout. Alors, il est vrai que le chemin a été long entre l’époque où les athlètes couraient nus sur les stades grecs afin que leur performance ne soit pas attribuée à autre chose qu’à celui qui l’accomplit. Plus tard, on aura connu les grandes compétitions organisées par les dictatures pour la gloire de leurs héros et la propagande de leurs principes. On aura connu les compétitions nationales ou nationalistes dont les équipes portaient le maillot comme un drapeau, entraînant les excès du nationalisme ou du chauvinisme. Nous avons changé d’époque. La période actuelle qui celle de l’argent roi, fait de tout champion en puissance un facteur de prestige et de bénéfice. Il n’est que de voir à quel prix s’achètent et se vendent les joueurs de foot. Alors, finalement, que le Qatar entre dans cette course, comme il est entré dans le transport aérien, les musées et l’attraction touristique, cela n’à rien d’étonnant. Il applique les valeurs de notre monde. Il n’y a pas finalement pas à s’en étonner et encore moins à s’en indigner !