LE PRÉSIDENT ET LES CHRYSANTHÈMES

Le général De Gaulle voulait en finir avec cette tradition issue de la IV° République où, selon sa formule, les présidents inauguraient les chrysanthèmes. Avec le président Hollande, qui a un peu le profil de ces présidents de la IV°, nous voilà revenus aux temps des chrysanthèmes. En aura-t-il fait des commémorations et des célébrations cette dernière année ! Il est vrai que le calendrier lui offrait le centenaire de14/18, le 70° anniversaire du débarquement et maintenant le Panthéon, ce grand « marqueur » de légitimité socialiste depuis que Mitterrand l’avait choisi pour inaugurer le retour de la gauche au pouvoir. Hollande ne s’y est pas trompé, c’est à croire qu’il y a pris goût.

C’est que le geste de désigner les personnalités dignes d’y résider vaut à celui qui le fait l’aura de la toute puissance républicaine et l’opportunité de tenir à la nation le discours du rassemblement qui la fonde et l’unit. Aussi les choix ne sont jamais innocents et pesés au trébuchet du calcul politique. Ainsi avaient fait ses prédécesseurs, Mitterrand en désignant sept personnalités, durant son mandat dont Jean Monnet l’homme de l’idée européenne, Chirac avec Dumas un clin d’œil à la diversité bien utile après 2002, quant à Hollande, il aura à la fois fait hommage à la parité, équilibré les mérites des uns par ceux des autres et au passage épinglé le nom du grand solitaire de Colombey en choisissant sa nièce comme il aura, au passage, montré à son prédécesseur qui s’y était cassé le nez, son habileté à la manœuvre. Mais au-delà de l’attitude de ce président servi par une séquence longue de commémorations successives et qui semble aimer la posture, il y a le penchant de notre pays vers le retournement qui est préoccupant, comme si le passé ne passait décidément pas. En un mot, nous avons trop de passé et pas assez de futur. Cette génération, la nôtre en somme, n’en finit pas de célébrer des anniversaires, de se lamenter sur la cruauté de l’histoire avec un sens bien particulier d’en attribuer la faute aux autres, mais n’esquisse aucun futur. Ce pays, le nôtre, fête ses moments d’épreuves avec l’espoir secret de produire du ralliement afin « d’adjoindre à la prose du jour, le reliquat d’antiques panaches », mais ce qu’il renvoie, c’est toujours la même image, la même séquence arrêtée à la période de la dernière guerre mondiale. Nous n’en finissons pas, deux générations après la guerre de célébrer les disparus, aujourd’hui panthéonisés pour certains dans un choix d’une diplomatie subtile qui certes ménage les quotas avec les nuances qu’il faut, mais le passé nous encombre, le présent nous déconcerte et le futur nous effraie. Que doivent penser nos jeunes auxquels on sert toujours le même plat, j’allais dire de résistance, n’était le mauvais jeu de mots. Car au même moment, les enfants des cités que nous n’avons pas intégrés partent faire le Djihad en Syrie, le chômage ronge notre avenir, beaucoup de jeunes quittent le pays, le désenchantement nous guette, le vivre ensemble se défait. Et ce marteau d’une vieille culpabilité qui continue à enfoncer le même clou ne se décide jamais à nous dire si la France a été un pays de résistants ou de pétainistes, d’oppresseurs ou de libérateurs, trop occupés que nous sommes à dire : c’est l’autre évidemment, pas nous, jamais nous, alors que l’histoire trop aisément confondue avec la mémoire devrait nous rendre et plus modestes et plus fiers de nous-mêmes que nous ne le sommes généralement. Alors quel est le sens de ces parades, de ces torses bombés, de ces sentences définitives où l’éloquence le dispute à la boursouflure morale ? Que retenir de ces rites républicains, quel message politique recevoir ? Quel espoir en tirer ? Que demain ne ressemble pas à hier ? La belle affaire. Nous avons beau jeu d’être du bon côté aujourd’hui ! Quant à faire des assimilations hasardeuses, le risque est grand de prendre ses désirs pour la réalité. Comment ne pas voir le bout de l’oreille du politique qui vient toucher sans frais les dividendes de cette morale ? Nous sommes au XXI° siècle, la France a besoin d’élan, d’actes, davantage que de discours, il faudra bien un jour refermer ces plaies qu’on s’évertue à exhiber pour en appeler à la compassion et à la repentance indéfinies. L’Histoire est tragique nous le savons, la conquête de l’avenir passe par des épreuves dont les peuples portent la marque, le discours à la nation devra un jour ou l’autre sortir de la commémoration et tracer un destin. C’est là que réside l’attente et il semble que c’était bien cela que le général De Gaulle avait en tête au lendemain de la guerre. Avec les trente glorieuses qui ont suivi, il n’avait pas si mal réussi il me semble.