GREEXIT etc…

La palinodie à laquelle nous venons d’assister (et encore, elle est loin d’être terminée) à propos de la Grèce, m’inspire quelques réflexions. Certes, ce peuple mal gouverné, sûr de lui-même (n’a-t-il pas inventé la démocratie ! Lui ou ses lointains ancêtres pour autant que le goût des vertus politiques soit transmissible par les gènes) et assez rusé pour ne vouloir que les avantages et pas les inconvénients de sa qualification de membre de la communauté européenne,

ce peuple donc, qui vit au-dessus de ses moyens depuis si longtemps et qui, jusqu’aux crises bancaires des années dix du XXI° siècle avait pu naviguer plutôt adroitement entre les écueils, traverse maintenant son épreuve de vérité. Le talent de son nouveau premier ministre (véritable bête politique) de son équipe de cow-boys, avançant crânement, col de chemise ouvert dans les allées du pouvoir technocratique européen en a sidéré plus d’un. Mais « la dure réalité à étreindre » s’est finalement imposée avec sa règle de fer. Il faut rembourser ce qu’on a emprunté et même si chacun doute que cela soit possible, il faut néanmoins se serrer la ceinture pour faire les fins de mois. Défait dans sa partie de bras de fer avec ses partenaires européens, Alexis Sipras, le premier ministre a du avaler une potion bien plus amère qu’il ne l’aurait souhaité, et ce, malgré son habile recours à un référendum gagné sur ses adversaires. Il est vrai qu’à la question : voulez-vous plus de rigueur, la majorité a répondu non. Seulement voilà, l’issue de la partie ne dépendait pas d’eux, mais des créanciers de la Grèce. Les traits tirés ce « jour d’après », le jeune premier ministre avoua que contraint, il avait signé, mais qu’il ne croyait pas à ce qu’il avait signé. Fatal aveu qui pèsera lourd, mais rage contenue dans ces mots. N’est-ce pas les Grecs ou alors les romains qui ont édicté jadis cette maxime : « dura Lex, sed Lex » ! L’habile bonhomme Hollande (c’est l’air qu’il se compose) aura su manœuvrer au milieu des rigoristes protestants de l’Europe du nord pour faire aboutir un compromis tout en soutenant son ami Grec, mais on devine aussi qu’une part de sa conviction, derrière le calcul, le rapproche de ce jeune tribun qui se voit comme le guerrier d’Athènes contre les armées de Xerxès. C’est que lui aussi, de culture socialiste, résiste au fond de lui-même à ce système qui dispose toute chose en fonction de l’économie de marché. Lui aussi a bien du mal avec les comptes de la nation-France, lui aussi connaît un dette abyssale, des comptes sociaux qui explosent, lui aussi voudrait préserver « le modèle français » qui comme le « modèle Grec » (si tant est qu’on puisse parler de modèle !) cherche à donner équitablement à tous, mais lui aussi découvre que ce n’est possible que dans une économie prospère et qu’à défaut on fait les fins de mois sur la richesse des autres, autrement dit, qu’on vit à crédit. Alors, il y a de la compassion et de la solidarité dans son habileté manœuvrière. Car c’est en fin de compte l’Europe économique qui conduit à la servitude volontaire des peuples dans un système dont l’épicentre est américain. Ce modèle-là, depuis la chute du modèle communiste (pour de bonnes raisons !) est sans contrepoids et inexorablement, il broie les peuples qui n’ont pas la culture empirique des Anglo-saxons et s’obstinent à invoquer leur « condition historique ». Je ne pense pas que ce soit le langage du président Hollande, bien plus pragmatique que cela lui-même, mais sa culture profonde le rend sensible à ces contradictions. Reste qu’il a fait le pas en direction de cette homogénéisation économique de l’Europe sous leadership américain et un pas en entrainant un autre, il va falloir qu’il en tire les conséquences dans son pays lui-même. Il aura été plaisant cependant de voir comment « la brebis égarée » a été ramenée au troupeau…par un berger portant peau de mouton, avant la prochaine fugue où elle sera peut-être, comme dans la fable, mangée par le loup.