BILAN À MI-ÉTÉ

En cette fin de mois de juillet, on fait généralement le bilan à mi-été des évènements, celui des festivals, celui de la vie politique nationale et internationale, celui du Tour de France cycliste, car dès le premier août, et pour au moins quinze jours, la France fait la sieste, au bord des plages, à la campagne ou chez soi, où que l’on soit, c’est une tradition, comme celle du premier mai, du 11 novembre ou du 25 décembre.

Où en sommes-nous donc ? La crise grecque, le roman feuilleton du « Grexit » cette contraction de mots qui est comme un hoquet linguistique nous a tenus jusqu’au bout dans un suspense qui a mis à l’épreuve la patience de tous. Quelle était la bonne solution ? Difficile à dire. Entre les docteurs « tant mieux » et les docteurs « tant pis » on avait du mal à se faire une idée. Beaucoup montrèrent du doigt la méchante Allemagne, qui comme la fourmi de la fable, n’est pas prêteuse. Les Grecs ont-ils trop dansé ? Peut-être, certains disent même que ce n’est pas fini, nous verrons bien, l’été lui aussi n’est pas fini. Les festivals non plus ne sont pas finis, sauf le plus connu, celui d’Avignon qui tire son bilan, mitigé pour ne pas dire décevant. Mais à quoi s’attendait-on ? La nomination de son fantasque directeur n’était-elle pas le fait, une fois de plus, de ce jeu de chaises musicales qui remplace l’un par l’autre,selon les faveurs ou défaveurs des princes du moment, alors que la direction assumée jusque-là faisait très bien l’affaire. Et là encore, le succès (le plus unanimement attesté), on le doit à une compagnie allemande : la Schaubühne d’Ostermaier. Et il y a longtemps que çà dure. Là encore, comme au Tour de France voilà longtemps qu’on attend un vainqueur français. Mais non, ça ne vient pas, c'est un anglais et un coureur allemand qui lève les bras dans la dernière étape sur fond de Champs Elysées, image terrible. Et pourquoi donc ? Comment se fait-il que, depuis des lustres, lorsqu’on veut faire événement au théâtre en France on doive faire appel à quelque grande troupe européenne qui bien souvent connaît des conditions économiques (ce n’est pas vrai de la Schaubühne) bien moins favorables que les nôtres ? Ne serait-ce pas notre « fameux » modèle français, notre suffisante « exception culturelle » qui serait en cause ? Là encore, comme dans l’éducation, nous avons longtemps eu le meilleur système du monde et puis voilà, il ne l’est plus. Veut-on le voir ? Bien sûr que non. Médisances et vilenies dit le chœur des professionnels de la profession. Tiens, ces derniers jours, ce sont les paysans qui se révoltent en ces « jacqueries » qui depuis le haut moyen-âge révèlent aux Français qu’ils mangent ce que produisent leurs paysans. Ce n'est plus vrai du tout. Là aussi, il faut nous réveiller, nous consommons des produits du monde dont la circulation est accélérée par les mécanismes du libre échange de l’OMC. Alors les paysans se fâchent et épandent du lisier sur le parking des grandes surfaces comme hier ils dressaient les fourches à la grille des châteaux. Mais qui leur dit que le système dans lequel on les a enfermés, celui des subventions, de la PAC qui n’était plus indexé sur la vraie production mais sur la subvention était néfaste et à terme mortifère ? On apprend que l’Allemagne est devenue le premier producteur agricole d’Europe devant la France, pays agricole s’il en est. Mais c’est qu’au moment de la réunification, les subventions de l’Europe ont été utilisées là, à bâtir un outil industriel agricole moderne et performant qui donne aujourd’hui les résultats que l’on sait, et non pas versées au maintien de la petite exploitation allemande. Diable, mais alors, nous avons tout faux ! Pas tout, loin s’en faut, mais il est temps sans doute de se secouer. Non, nous n’avons plus la meilleure agriculture, ni la meilleure éducation, ni la meilleure offre artistique, ni les meilleurs cyclistes, nous sommes dans un monde ouvert à la concurrence, c’est dur à admettre, mais pour peu qu’on veuille le comprendre, ce pays, le nôtre est capable de montrer qu’il est digne du meilleur. Encore faut-il l’adapter au temps que nous vivons, c’est-à-dire à la concurrence. Sans cela, nous n’aurons plus qu’à nous révolter contre l’injustice du monde, c’est très satisfaisant pour la posture, bien peu pour trouver des solutions. On pourra toujours y réfléchir pendant la sieste du mois d’Août.