FIN D’ÉTÉ

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je me sens soudain comme orphelin de quelque chose que je ne possédais pas, sinon de manière virtuelle, un temple, un site, un témoignage de civilisation qui s’en va en fumée, victime de la violence, de la bêtise et du fanatisme. La cité de Palmyre est donc détruite en cette fin du mois d’Août par les Islamistes de Daesh.

Ce crime contre la civilisation, selon l’Unesco, tout le monde l’attendait en le redoutant. Mais le pire n’étant jamais sûr, l’hésitation ou tout simplement le temps qu’il a fallu à ceux qui voulaient commettre ce crime avait fait espérer un peu de raison. Il a fallu se résoudre à admettre le contraire. Il y a eu d’abord l’assassinat horrible du directeur des antiquités de Palmyre, puis la destruction du temple de Baalshamin, puis maintenant celui de Bèl, de sorte qu’il ne restera bientôt plus à la Syrie qu’un champ de ruines, au milieu des ruines et du désert. Quel sinistre projet accomplissent donc ces gens fanatisés pour non seulement terroriser les populations qui fuient en masse vers l’Europe, par des décapitations savamment mises en scène et par la destruction de toute trace de civilisation ? Quel funeste dessein et dans quel but ? Restaurer un Islam du désert dans le désert où il est né et vouer les humains de ces parages à ce recul historique qui ignore toute histoire et sans doute aussi toute connaissance. On en reste abasourdi. Non point que nous n’ayons pas connaissance d’atrocités comparables à tel ou tel moment des grandes civilisations, en général à leur crépuscule, mais précisément, nous pouvions espérer que le temps du monde aurait compté dans la capitalisation des moyens de connaissance qui fait que le monde ne se réduit pour aucun peuple au périmètre de ses seules représentations. Non, il faut bien se dire qu’on constate là, une haine de la civilisation, sans doute occidentale, mais au-delà, de tout ce qui libère l’homme de l’assujettissement aux croyances qui terrifie. Que des esprits simples, ou en mal de cause à défendre, se trouvent ainsi attirés comme papillons vers la lumière de cet enfer, on peut sans doute le comprendre, mais qu’il nous faille vivre au XXI° siècle une situation de ce type est consternant. Je viens de traverser quelques pays d’Europe et partout, j’ai vu ces foules se presser dans l’exode, ces gares pleines, ces places de centre ville où campent les émigrants, en Allemagne, en Autriche où ils arrivent pêle-mêle en Jeans et casquette ou en burka, comme si un trop plein de malheur se déversait sur une Europe attractive et pour l’heure encore en paix. Mais qui ne voit que cet exode en rappelle un autre, celui des années trente ou les pogroms chassaient d’Est en Ouest des populations entières entraînant les phénomènes de racisme, d’exclusion et pour finir les drames de la deuxième guerre mondiale ? Nous n’en sommes pas là. Pas encore. Sans doute n’y viendrons-nous jamais. Enfin, il faut l’espérer, mais l’exaspération des populations autochtones, par-delà les témoignages de solidarité spontanée dont on doute qu’ils puissent être éternels, pose le problème du nombre. L’Europe pensent certains a la capacité d’y faire face. Statistiquement sans doute, socialement c’est moins sûr, politiquement on peut en douter. Et que dire de ces gens éduqués, formés, qui sont indispensables à ces pays et feront défaut à leur reconstruction le jour venu. Ils s’intègreront dans le meilleur des cas dans les pays d’Europe où ils veulent vivre, mais comment se relèveront les pays qu’ils ont quittés ? D’un autre côté, cette situation nous amène à reconsidérer la géopolitique du monde. Voilà des populations qui étaient installées dans des frontières nées de la disparition des empires et des colonies qui soudain se rappellent au souvenir de ceux qui les ont administrés. Quel étrange retour de l’histoire. C’est comme si les indépendances chèrement acquises ayant débouché sur des impasses, les mêmes qui hier combattaient pour leur liberté trouvaient en fin de compte qu’elle était mieux protégée chez les anciens colonisateurs. On appelait cela aussi des « protectorats » à l’époque des empires. Au-delà de cette pensée bien peu « politiquement correcte », on chercherait à trouver là comme un motif d’espoir d’un monde méditerranéen qui se recomposerait non plus sur la haine et la guerre, mais sur l’idée de civilisation, méditerranéenne. Mais pour cela, il faudrait un jour, que la paix revienne sur ces terres vouées à la guerre et à l’horreur. Les occidentaux justement seraient bien inspirés (inspirés par leurs échecs aussi) à s’y pencher sérieusement. Peut-être le font-ils, mais cela ne se voit guère.