FULMINATIONS

Il y a des moments où tout s’accorde à vous gratter l’épiderme, c’est comme si une nuée de moustiques particulièrement actifs vous agressait au milieu de l’été alors que vous ne demandez qu’à faire la sieste. Moustiques de l’information, mouches importunes des nouvelles qu’on pourrait négliger en tirant son chapeau sur les yeux au fond de son hamac. Oui, mais justement, on n’a pas de hamac, on ne fait pas la sieste et ce n’est pas l’été, mais on a des oreilles pour écouter les nouvelles et des yeux pour lire les journaux !

Voilà qu’on apprend que pour marquer le centenaire du massacre de la première guerre mondiale à Verdun, les édiles du coin et le « comité interministériel pour Verdun 2016 » n’ont rien imaginé de mieux que d’inviter le rappeur « Black M » à venir chanter en ce lieu. Faut-il être obsédé par l’envie de plaire aux D’Jeuns pour effectuer un tel choix ! Évidemment certains s’en sont émus et l’extrême droite a relevé que ce chanteur avait traité la France de « pays de Kouffars » ce qui en langage islamique signifie « mécréants », mais l’insulte ou l’anathème étant le fond de commerce de ce genre de chanteurs, il n’y aurait pas à s’émouvoir plus que ça si cela se passait dans le milieu du Show-bizz où ce jeune monsieur vend des milliers de disques. Ce serait alors : « buziness as usal ». Devant l’émotion des gens, le maire embarrassé annule et c’est immédiatement le tollé des bien pensants. Une fois de plus droite contre gauche toute ! C’est si confortable ; d’un côté on brandit l’honneur des soldats et le respect des morts, de l’autre la liberté des artistes. D’un côté on évoque les crachats sur un monument aux morts, de l’autre, les relents nauséabonds de notre histoire. Que tout cela est lassant à la longue et combien on manque de mesure et de l’élémentaire bon sens en la circonstance. On rappellera simplement qu’un immense musicien français, engagé dans cette guerre terrible a écrit pour un « ennemi » autrichien qui était de l’autre côté des lignes (P.Wittgenstein) un pianiste qui avait perdu une main dans les combats, ce sublime concerto de piano pour la main gauche qui est un des sommets de la musique de chambre. Voilà une initiative qui aurait grandi ces organisateurs de concert et non ce tohu bohu médiatique si mal venu. Mais il n’y avait sans doute personne dans ce fameux « comité interministériel » pour se souvenir de Ravel ou même d’y avoir pensé! Dans le même ordre d’idées, je tombe sur cet entretien du Pape François dans « la Croix » où ce dernier, conseillant au Cardinal Barbarin de tenir contre l’offensive médiatique qui l’a déjà condamné à la démission au motif que des prêtres pédophiles ont sévi dans son diocèse, répond à la question sur les racines chrétiennes de l’Europe : « qu’il en redoute la tonalité triomphaliste ou vengeresse qui devient alors du colonialisme », suit une curieuse métaphore où évoquant ces racines et la nécessité de les arroser, il compare cet acte au lavement de pieds et conclut : « le devoir du Christianisme pour l’Europe, c’est le service ». Comprenne qui pourra. Voilà donc une affaire classée pour ceux qui s’interrogeaient encore sur le sujet, on comprend à ces détails pourquoi ce pape est si populaire auprès de ceux qui ne sont pas chrétiens; voilà un pape œcuménique bien loin des discours de son prédécesseur, le théologien allemand Ratzinger qu'on aurait avantage à relire ou à lire, on y mesurerait la distance entre théologie et politique sur le chemin de l’Europe. Et pour finir, le revoilà, l’agité médiatique, le Tartarin de St Germaindes Prés qui nous revient avec une nouvelle cause à défendre, une nouvelle guerre, une nouvelle occasion de poser de manière avantageuse devant les caméras. Cette fois ce sont les Kurdes Peshmergas d’Irak sur lequel le personnage qu’on ne désigne plus que par son acronyme fait sa publicité. Comment, il n’a pas de film au festival de Cannes ? On va voir ce qu’on va voir. Et on a vu. Invité de la dernière heure. Invité ou imposé par un entregent exceptionnel? le voilà qui parade, chemise avantageusement ouverte sur un torse qui pourrait s’orner de toutes les médailles des batailles publicitaires gagnées et des causes perdues, le regard lointain et comme détaché des ces contingences, confiant au Monde (un journal où il siège au conseil de surveillance) son souci devant l’horreur des choses, puis en pleine page au Journal du dimanche, ce qu’il pense, lui, de cette guerre et de Daesch, indiquant négligemment comment il s’en était ouvert au Président Hollande, comme hier, sur la Lybie au Président Sarkozy en déclenchant alors les foudres de la guerre que l’on sait, et les conséquences que l’on mesure aujourd’hui. Mais quel homme ! Quelles entrées il a dans ce milieu politico médiatique qui exaspère les français, et quelles catastrophes va-t-il encore déclencher par ses mouvements incessants de mouche agitée dans un bocal grand comme le monde ? Le spectacle que nous donne cet intellectuel médiatique est à la mesure de ce que nous voyons et qui nous désespère : un monde agité en tous sens dans une déréliction infinie avec tant de prophètes et d’amuseurs qu’on en a le tournis. Ajoutez-y la CGT, les grèves et « Nuit debout », et vous trouverez vous aussi qu’on a bien raison de fulminer, puisqu’on ne peut rien faire d’autre !