BREXIT

Les évènements politiques ont ceci de commun avec les évènements météorologiques qu’à force de les annoncer, ils finissent par se produire. Ainsi le référendum Anglais proposé comme une bravade en période électorale a fini par aboutir à une conclusion que beaucoup redoutaient alors même qu’ils l’ont appelée de leurs vœux sur le mode « retenez-moi ou je vais faire un malheur » ! Mais nul ne peut retenir un peuple par la manche (si l’on peut dire) comme on retient un vulgaire fanfaron de pub.

Car l’acte par lequel un peuple est un peuple est toujours un acte de résistance. Comme l’enfant qui devient lui-même par le « non » qu’il adresse à ses parents, les peuples se manifestent en tant que tels par la résistance et dans la mémoire des Anglais, ce n’est pas, comme on sait, un vain mot. Que les Anglais aient besoin de ce geste aujourd’hui dans la phase de désorientation et de mondialisation que nous traversons, qu’ils doutent de la capacité de l’Europe à les protéger comme ils le souhaitent et que cet ensemble raisonné avec ses imperfections soit loin de leurs vœux, nul n’en doute. C’est pourquoi le résultat ne pouvait guère être que ce qu’il est. Car on a tort de voir toujours les Anglais comme un peuple pragmatique, proche de ses intérêts, toujours prompt à demander, « My Monnay Back » comme le faisait à l’époque Margareth Thatcher. En réalité, ce peuple est aussi prompt à la passion politique que d’autres et la contagion émotionnelle des batailles politiques est comme ailleurs (voir le meurtre d’une députée) aussi dangereuse. Les conséquences seront longues à apprécier, sans doute difficiles à gérer tant pour les Anglais que pour l’Europe mais l’un et l’autre continueront et qui sait, il naîtra peut-être de ce divorce une « entente cordiale » qui pourrait nous encourager à rebâtir une Europe à plusieurs cercles. Encore faudrait-il que la France et l’Allemagne se haussent une fois encore au-dessus de leurs intérêts, ce qui n’est pas acquis. Car s’il est une chose certaine, c’est que dans l’évolution du monde, les lignes de force démographiques, politiques et économiques modifient chaque jour l’espace de nos collaborations et confrontations. L’Europe aujourd’hui, c’est : 7% de la population mondiale aujourd’hui (contre 22% en 1950) 25% de contribution à la richesse mondiale (contre 40% en 1950), des dépenses sociales qui ne cessent d’augmenter (34% en France), des dettes souveraines partout, sans l’Europe et sans ambition commune, les pays européens courent pleins d’enthousiasme momentané vers leur balkanisation. Cela, tout le monde le sait. Les coupables ? Les gouvernants sans aucun doute, l’Europe comme système de contraintes juridiques chaque jour plus normatives avec sa cohorte de fonctionnaires et de Lobbies manœuvriers à l’évidence aussi. Alors, que les peuples se révoltent et lorsqu’on leur donne la parole, disent non, c’est malheureusement prévisible. Interrogerait-on aujourd’hui, sur le même mode, l’ensemble des peuples européens, il est fort à parier qu’on obtiendrait peu ou prou les mêmes résultats, tant les attentes excèdent ce que la raison conseille. À quelles conditions pourraient-ils dire oui ? Telle est la question. La réponse est simple, que l’Europe devienne enfin un projet qui assure prospérité et travail pour tous, qu’elle ait le courage d’appliquer les normes non à la taille des asperges seulement mais à l’harmonisation fiscale et sociale, qu’elle établisse des règles honnêtes de concurrence, qu’elle développe l’égalité des droits et des devoirs et génère une classe de politiciens qui soient autre chose que des recalés des élections nationales, enfin qu’elle soit à la hauteur de ses ambitions et des attentes des peuples et redonne de l’espoir, voilà la seule voie pour l’assentiment des peuples qui la composent encore.