LE PROCHE ET LE LOINTAIN.

A chaque 31 décembre, il est courant de faire le bilan de l’année écoulée. Ce qui reste en mémoire des évènements récents varie selon les individus et leur vie personnelle mais exprime une tonalité générale. On dira que pour la plupart d’entre nous, celle-ci est sombre.

En effet, la sécurité qui est le premier bien des sociétés démocratiques en temps de paix a été sérieusement mise à mal par les attentats, les crimes commis par ces enfants dévoyés de causes incertaines qu’on désigne aujourd’hui par le nom de Djihadistes, un mot qui s’est invité récemment dans notre vocabulaire. Ajoutons à cela une perte de confiance en nos valeurs et institutions, (on apprend en effet par les statistiques que les Français sont parmi les peuples, ceux qui sont le plus insatisfaits, ceux aussi qui pensent que leur classe politique est corrompue, ceux enfin qui sont le plus prompts à la contestation). Tout ça ne fait pas un peuple heureux. Peut-être est-ce dû à la mémoire d’un passé de grandeur que le présent dément, un goût de l’Universel que la pluralité des peuples et des cultures conteste, le sentiment que le système qui nous protégeait (le modèle social français) est à bout de souffle, un chômage persistant. Pendant longtemps ce type de malaise se résorbait par la voie de l’élection, les candidats proposaient des lendemains heureux et le pays respirait pour un temps. Aujourd’hui, cela ne suffit pas ou plus car un vrai vent de changement souffle sur nos têtes. L’année qui vient risque de nous réserver quelques surprises comme cela a été le cas dans d’autres pays du monde. De loin ou avec un peu de recul, on verrait les choses différemment. On verrait que nous sommes dans une cassure du temps comme on en a déjà connu dans l’Histoire, un changement de siècle qui, une fois encore ne se produit pas aux dates du calendrier. Comme le XX° siècle qui n’a pas commencé en 1900, mais véritablement après la première guerre mondiale, le notre commence maintenant même si l’attaque du World Trade Center en était sans doute le premier signal. Il nous faut bien admettre que le monde que nous avons bâti sur le modèle occidental, ce monde du marché mondial et de l’échange généralisé qui a transposé au niveau global la prospérité des uns et l’exploitation des autres arrive à un terme. Le centre de gravité de l’économie mondiale, après avoir été méditerranéen, puis Atlantique au siècle dernier, est en train de devenir Pacifique avec comme épicentre l’Asie. Les conceptions du monde occidentales issues du terreau de la vieille Europe sont battues en brèche. Tout se passe comme si le monde, une fois lancé vers son futur avec comme moteur le progrès, fonctionnait sur sa propre inertie sans que nous ayons prise sur lui. En outre, il s’est levé depuis le début du siècle une contestation religieuse de nos modèles dont l’Islamisme incarne tout d’un coup la figure menaçante. L’antagonisme des modes de vie et de représentation du monde, l’antagonisme des croyances se manifeste de façon violente et la démographie galopante des humains qui peuplent la planète en aggrave encore les risques. On a appelé cela le choc des civilisations, il serait plus exact de parler du choc des conceptions du monde et du réveil des empires. Cependant, il est de bon ton chez nous d’en contester les arguments même si les effets crèvent les yeux. Alors on voudrait que les choses changent, que nous soyons plus solidaires, plus actifs, plus entreprenants, que le chômage disparaisse que nous retrouvions une fierté d’être des Français ensemble. On le voudrait, mais qui s’y emploie vraiment ? C’est là notre désir et notre tourment. Alors s’il n’y avait qu’un vœu à faire pour 2017, ce serait celui de l’optimisme et de l’espoir, mais c’est un vœu de volonté contre la logique des choses.