PRESIDENTIELLES : LES IDÉES CULTURELLES DU MOMENT.

On a déjà pointé ici la faiblesse du débat politique sur la question de la culture dans ces présidentielles, pour s’intéresser à la question lorsqu’un candidat l’aborde, en l’occurrence il s’agit du « jeune Premier » de la politique, Emmanuel Macron dans une émission de France Culture.

On apprend que ce dernier, comme les autres, veut défendre une politique d’accès à la culture, ainsi que le maintien de l’environnement culturel. Il ne semble pas s’être rendu compte que c’est l’objectif de la politique culturelle de l’État toutes tendances politiques confondues, depuis 50 ans. Et que c’est précisément cette ambition qui se heurte aux difficultés pratiques, aux baisses récurrentes du budget et à l’absence de projets culturels structurés. À juste titre ce candidat pointe-t-il la réussite du prix unique du livre et de la loi d’aide du cinéma, mais elles ont déjà plus de 30 ans. Quoi de nouveau sous le soleil ? L’accès à l’éducation artistique pour 100 % des enfants. Beau projet en effet, il nous explique que ce n’est pas directement une tâche qui serait confiée l’Éducation nationale comme telle, mais ferait plutôt l’objet d’un « appel à projets », comme il existe des « appels d’offre » en somme, financés conjointement par les villes et par l’État. On a vu ce qu’il en avait été récemment lorsque les communes ont dû prendre en charge le temps libre des élèves dégagé des obligations d’enseignement. Ce seraient donc des associations culturelles, des groupes, des conservatoires, qui auraient la charge d’organiser des clubs théâtre et autres activités artistiques à but éducatif. Pas de quoi fouetter un chat, cela existe déjà depuis trente ans, tout le problème est la généralisation de ces dispositifs à l’ensemble des enfants scolarisés. Disons que si on n’y est pas parvenu jusqu’ici c’est précisément en raison de leur coût que le budget de l’Éducation ne peut en aucun un cas assumer jusqu’ici. C’est alors que de sa boîte à outils, le candidat nous sort une clé qui doit ouvrir définitivement la porte de la culture pour tous. Cette idée est celle d’offrir un « Pass culturel » d’un montant de 500 € à tous les jeunes lorsqu’ils atteignent 18 ans. Comment cela sera-t-il financé ? Une part par l’État, La plus grande part, par les GAFA, ces multinationales de l’Internet qui savent si bien échapper à l’impôt. Bon courage. Notre prétendant à la fonction présidentielle aurait dû se renseigner un peu, Il aurait alors découvert que ce projet avait déjà été formulé et abandonné à l’époque de M. Douste-Blazy ministre, qu’il a été mis en place dans de nombreuses régions, comme PACA, la région Centre ou Midi-Pyrénées, il y a vingt ans et que la plupart de ses expériences ont été abandonnées au motif que c’est une minorité de jeunes qui en ont fait un usage conforme ou dispositif. La dérive de ce chèque qui s’est vite retrouvé sous diverses formes d’utilisation dans les circuits de la consommation de masse a plus que préoccupé les élus qui avaient décidé cette mesure. La bonne idée économique qui consiste ici à recycler dans le secteur marchand les subventions données à la culture se retourne quand elle n’est pas soutenue par un vrai projet culturel, contre ceux qui en ont eu l’initiative. Disons-le, c’est un fameux gadget. Il faudrait rappeler à ces jeunes hommes politiques qui découvrent l’eau tiède, que la grandeur de la France c’est d’avoir depuis 50 ans posé comme principe que la culture est une affaire d’État. Que c’est l’État qui en a impulsé les orientations, qui les a fait partager aux collectivités locales et a permis le financement privé grâce au mécénat en créant les conditions d’une administration culturelle conséquente dans le pays. Que la culture dans ce pays s’appuie sur un ensemble d’institutions et de mécanismes de production qui doivent être soutenus, régulés et soutenus. On rappellera encore qu’une politique culturelle ce n’est pas un ensemble de mesures astucieuses, un sac de bonbons offerts aux jeunes gens, mais une ambition pour le pays aussi élevée que l’ambition économique sociale et environnementale. Il ne serait pas mauvais qu’on enseigne à l’ENA l’histoire des politiques culturelles en France depuis le Front populaire et Malraux jusqu’à aujourd’hui on s’éviterait ce genre d’approximations.