LE SYMBOLE MACRON

Qu’est-ce qu’un symbole ? Les grecs qui ont inventé le terme ont aussi défini la chose : deux moitiés d’une statue ou d’une poterie qui lorsqu’on les rapproche n’en deviennent qu’une seule. Ainsi les ambassadeurs qu’on envoyait à l’étranger pouvaient se faire reconnaître de leur hôte grâce à ce procédé. Alors de quoi ce jeune président que l’on vient d’élire est-il le symbole ? Vers quoi fait-il signe ? De quelle autre moitié est-il le complément ou pour le dire autrement, quel est le revers de sa médaille ?

Lorsqu’on a vu, le soir de son élection, ce jeune premier aux allures de Consul avancer dans l’ombre portée des colonnades du Louvre dans une longue marche qui en accentuait la solennité, tout le monde a eu en tête une autre image, celle d’un Président nouvellement élu qui avançait lui aussi, seul vers le Panthéon. C’était François Mitterrand poussé par la foule socialiste, laquelle s’était immobilisée à quelques dizaines de mètres du bâtiment, le laissant entrer seul au royaume des morts de la République dont il allait chercher l’adoubement symbolique. Il en ressortit, une rose à la main, plus grave, plus solennel, plus monarque qu’il n’y était entré, il avait traversé le royaume des morts et il revenait vers les vivants. Emmanuel Macron, à son tour, sortit de l’ombre d’un palais, celui des Rois de France et du Musée du Louvre troué par sa pyramide comme de son lieu naturel, il traversa la cour Napoléon et l’esplanade du Louvre avant de se livrer aux vivats de la foule, tel un consul romain sur le Capitole. L’un était un vieil homme qui avançait dans une histoire déjà écrite, l’autre, un jeune homme qui marchait vers une histoire dont on ne sait si elle reste à écrire ou si elle l’est déjà. L’un rejoignait les siens, les proches, l’autre la nuée de ses partisans qui attendaient chauffés à la musique rock, au rap et in fine à l’Hymne européen. L’un était dans la mémoire, l’autre dans son moment de gloire et son illustration musicale contrastée. À bien y regarder cependant, cette foule de jeunes gens et de drapeaux tricolores qui maintenant accompagnent (et c’est heureux) toutes les manifestations politiques en France ressemblait davantage à une foule de concert qu’à un rassemblement pour l’Histoire, du reste elle se dispersa sagement à la fin comme on quitte un concert ou un feu d’artifice tiré un 14 Juillet sur fond de tour Eiffel. Le problème est qu’après une telle entrée en scène, on attendait le discours, comme au théâtre on attend l’acteur à son texte. Las, le discours de ce jeune président : « mes amis… mes amis…» ressemblait à celui de ses meetings : simple et chaleureux, martial mais un peu évangélique. Rien à voir avec l’image qu’il venait de produire. On attendait Corneille ou Racine, on a entendu du Macron, il faudra s’y faire. La France qui aime les beaux discours (voir le succès de Mélenchon) en fut frustrée. Comme on eut aimé entendre ceci par exemple : « Peuple de France, Jeunesse de France, devant le plus vieux musée du monde j’appelle à la mémoire, j’appelle à la culture et j’appelle à l’espoir… » Mais il aurait fallu être Malraux ou Bonaparte pour porter aussi haut le verbe et l’on restera nostalgiques des mots prononcés par le ministre de la culture de l’époque pour l’hommage rendu à Georges Braque en 1963 devant ce même Louvre, mais de l’autre côté de la cour carrée. Qui s’en souvient encore ? Une nouvelle ère commence, une ère sans discours mais non sans images.