LA CRAVATE

Décidément l’actualité politique nous donne plus d’un motif de réflexion ou d’étonnement sur des sujets plus futiles que graves. Ce qui retiendra notre attention cette fois, c’est le comportement du groupe des « Insoumis », - le mot est tout un programme -, entrant à l’Assemblée nationale. On aurait pu s’attendre à quelque déclaration tonitruante de son leader qui en a le talent, mais non, la question du jour de rentrée parlementaire aura été celle de la cravate. La porter ou pas ? M.Mélenchon lui-même la porte volontiers rouge mais son groupe semble-t-il, regimbe, au motif que le règlement de l’assemblée y fait obligation, c’est là son premier signe d’insoumission.

La cravate en effet se présente comme un lien, une attache, un symbole, un conformisme vestimentaire. Le premier Ministre Grec avec son équipe de choc s’en était affranchi le premier faisant ainsi tâche parmi ses pairs qui voulaient le contraindre à des règles que son comportement récusait. Jack Lang lui-même entra un jour dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale, habillé d’un élégant costume Yamamoto sans cravate ce qui fit scandale en son temps. De leur côté, les Journalistes Français de Télévision ont dans les années 90 lancé la mode du col ouvert, ce qui donne des résultats d’élégance variable étant donné qu’il est devenu de bon ton de se débrailler pour s’offrir au regard des téléspectateurs que l’on soit journaliste ou invité et l’on sait que tous n’ont pas l’élégance décontractée des acteurs de cinéma. À Cannes même où la tradition impose le nœud papillon à tout le monde, l’originalité (Française la plupart du temps) consiste à s’affranchir de l’obligation en arrivant col ouvert ou même sans chemise sous le smoking. Les Italiens, soit qu’ils soient plus élégants que nous, soit plus respectueux des usages ou finalement solidaires de leur industrie textile qui coupe les plus belles cravates du monde aux alentours de lac de Côme, apparaissent rarement en public sans cravate. Mais sait-on que cet élégant accessoire a en fait été crée dans sa forme moderne en 1924 par un couturier New-Yorkais du nom de Langsdorf qui a inventé la coupe en biais de la bande de tissu recousue en 3 parties. C’est que la cravate a une longue histoire. On suppose que son nom vient du Croate prononcé cravate et qu’elle habillait le cou des cavaliers Croates sous forme d’un foulard noué qui les protégeait du froid sous le règne de Louis XIII. Nul n’ignore que le Roi soleil allait en imposer l’usage en l’élargissant et l’ornant de dentelle allant jusqu’à créer le métier de « cravatier » qui consistait à s’assurer que celle du roi restait bien nouée. Le XIX° siècle affinera la bande de tissu appelée alors « Régate » et jusqu’aux années cinquante, elle était l’accessoire obligé de la tenue masculine « habillée ». Son sort suivra-t-il celui du chapeau claque et de la paire de gants qui restèrent dans les armoires ? On peut le craindre, mais on observera aussi comment cette dernière revient inopinément dans les tenues Rock ou Punk de la fin du siècle dernier, que des femmes et non des moindres, George Sand hier, Madonna aujourd’hui la reprirent à la panoplie masculine et se l’approprièrent en signe d’indépendance. Mais sans doute, nos nouveaux « insoumis » ont-ils en tête une autre image, celle de la corde de chanvre au bout de laquelle se balancent les pendus dans les Western ou encore celle du collier de chien que l’on tient en laisse. Il reste que des hommes politiques parmi les plus élégants (et prenons Obama pour ne fâcher personne) portaient la célèbre cravate à sept plis (Seven Folds) avec la goutte d’eau qui signe le nec plus ultra de l’élégance masculine. Ainsi, comme d’autres choses, signe des temps, la France est peut-être en train de perdre, avec la cravate, le leadership de l’élégance et aussi l’industrie textile qui allait avec. Voilà ce que nos « Insoumis » devraient méditer.