ARLES MÉCÉNAT

Pendant des années, les rencontres d’Arles ont été le rendez-vous des photographes de l’été, un peu bon enfant dans le style des festivals de Provence d’après guerre. Un artiste local, des amis parisiens de passage ou en vacances, une passion commune, on connaît la suite : Clergue, Tournier etc…et c’est parti pour des décennies. Et puis l’époque change, les périodes difficiles succèdent aux périodes fastes. Pour la ville aussi, riche de son seul patrimoine touristique et parfois au bord de la tutelle budgétaire. Et puis, comme un conte de fées, voilà qu’une héritière des laboratoires Suisses Hoffmann-Laroche se prend de passion pour Arles, la photo et les lieux où elle passe des vacances depuis toute petite.

Elle est riche, très riche, collectionneuse, esthète et mécène ? Elle conçoit un projet inouï pour la ville : financer un lieu culturel sans équivalent dédié à la photo à l’art contemporain, à la recherche et à la culture. Relier nature et culture, faire de ce centre établi sur 10 hectares au cœur de la ville une destination dont le rayonnement sera local, national et international, où l’art contemporain voisinera avec la dimension écologique où la rencontre sociale sera favorisée, où les arlésiens trouveront des lieux de culture et des jardins à deux pas des Alyscamps romains où s’égarait Van Gogh et faisait rêver notre cher P-J Toulet. On rêve ? Il semble que non. Déjà un musée de la Fondation Van Gogh a ouvert dans la ville avec 8 toiles saisissantes de la fin de la vie de Van Gogh, ensuite la tour Luma qui va dominer le nouvel ensemble, confiée (comme à Bilbao) au génial architecte Frank Gehry, monte déjà à 56m dans le ciel arlésien (inauguration l’été prochain, on dit qu’elle aura coûté 150 millions !), ce projet décoiffe tout autant que le mistral ces jours-ci. À l’origine de cela, Maja Hoffmann et sa fondation Luma qui enthousiasme autant qu’elle divise. En effet, les responsables des « Rencontres de la photographie » se demandent à quelle sauce ils vont être assaisonnés et puis nous sommes en France où la culture se conjugue avec l’État et ses subventions, ce n’est pas un pays où l’on regarde sans suspicion le mécénat. L’avenir dira si ces projets tombés du ciel porteront aussi haut l’ambition de cinquante ans de rencontres culturelles en le redéployant encore plus haut. Du côté de la municipalité on espère faire monter le nombre des touristes de 600 000 à un million, on sait déjà que les grandes villes comme Marseille, Montpellier ou Nîmes sont déjà dans le périmètre de ce projet et que les capitales ne sont qu’à portée d’avion. Bref, il y a là les ingrédients d’un immense projet. Déjà l’exposition (majeure) consacrée aux premières années 70-83 de la photographe américaine Annie Leibowitz (dont la fondation Luma vient d’acquérir la fonds photographique) expose les célébrissimes photos des stars américaines des années post-Vietnam ainsi que les hommes politiques de cette époque, photos pour les grands magazine US comme « Vanity Fair » ou « Rolling Stone ». Ce genre d’exposition donne la mesure du projet. On se demande si la fondation Luma d’Arles sera le point de départ de nouvelles rencontres ou l’occasion de nouveaux départs, l’avenir le dira mais cela semble un beau risque à courir, toutes les villes n’ont pas cette chance !