ARLES PHOTO

mathieu_Pernot.JPGRencontres d’Arles, loin des rencontres de photographes, au milieu de l’été où l’on pense mieux voir les images, loin de la foule des débuts de festivals, mais où la foule des touristes et des visiteurs se presse toujours vers les photos du monde que propose cette manifestation. Comment s’y retrouver entre tous les thèmes abordés (pas moins d’une dizaine qui vont du monde latino américain, à la photo de reportage en passant par les identités culturelles et la photo militante). Choix forcément subjectif, se fier à ses yeux davantage qu’à ses oreilles. Ne pas aller d’abord là où on vous a dit d’aller.

christophe_Rihet_Camus.JPGChaleur suffocante comme souvent en Arles et puis, sans transition le mistral qui balaie la ville, secoue les arbres et la poussière, arrache les parasols des terrasses, lève les jupes des femmes (pas grave la plupart sont en shorts) et décoiffe tout le monde. Contrastes de cette ville dont seules les vieilles pierres paraissent immuables. La photo donc : premier choix, vers « La maison des peintres », bien m‘en a pris, au terme je trouverais que c’est le meilleur endroit, le plus cohérent de cette série. Roger Ballen d’abord, ce photographe Américaino-sud-africain qui m’avait déjà intrigué par son imaginaire et ses photos si anticonformistes. Cette fois on est dans une maison abandonnée où néanmoins restent des traces de vie, personnages, mannequins, bruits, cris, silences. On ne tarde pas à se rendre compte que c’est notre imagination ainsi sollicitée qui travaille. Un film du reste nous instruit sur la rencontre d’un homme (le photographe) avec un passé, (son passé ?) on regarde mieux, photos dans des cadres abimés, dessins sur les murs, graffitis, on quitte les lieux au plus vite, réellement troublé. On tombe alors sur une exposition des photos de Christophe Rihet qui a soigneusement photographié les routes où se sont tués des personnages célèbres : James Dean, Lady Diana, Coluche, Albert Camus, une trentaine en tout. Tout d’un coup on se remet à penser à ces routes qu’on traverse où parfois, un bouquet de fleurs artificielles est attaché à un mur, à un poteau télégraphique, à un arbre, et l’on se dit que là, quelque jour, quelqu’un a trouvé la mort. À y bien regarder cet endroit n’a rien de dangereux le plus souvent, il ne nous laisse qu’une impression de banalité et pourtant, c’est là que le destin de quelques-uns s’est joué. Même impression que devant ces champs de bataille recouverts d’herbe et de végétation qu’on visite longtemps après les guerres. Là des hommes sont morts. Il nous faut imaginer ce que la photo ne montre pas, ce qu’elle rend visible de l’invisible, c’est vraiment très sensible et très fort. Le même lieu propose l’exposition de Mathieu Pernot sur les Gitans, exposition dont on a beaucoup parlé, avec raison. Elle pourrait s’appeler « mon pote le Gitan » tant ces gens sont photographiés avec lucidité et empathie, sans jugement en pleine vérité d’existence celle de ces nomades, sédentaires dans nos villes, nos routes et nos campagnes. Et ici, en Camargue, la famille Gorgan qu’il suit et photographie depuis vingt ans. Ce photographe impose un style, il est si proche de son objet et si lucide quant aux images qu’il propose qu’on se dit qu’on est devant un grand photographe. En sortant, le mistral m’envoie ses nuages de poussière dans les yeux. Il faut les fermer, mais ce n’est pas grave, tant il y a d’images dedans.