PHOTO, PHOTOS,

Une chose est d’avoir un parti pris photographique et un talent en rapport, une autre est que toutes les photos soient intéressantes. C’est pourquoi les expositions thématiques qui regroupent différents photographes et différents regards, permettent, surtout s’ils sont inconnus de nous de repérer des clichés qui en un instant saisissent l’essentiel et c’est pourquoi ces expositions sont intéressantes. Iran_38.jpg

C’est le cas de l’exposition « Iran 38 » soit 38 ans après la révolution islamique. Une chose retient l’attention, l’allure des femmes, « en cheveux » vêtues à l’occidentale et manifestant dans la rue, puis couvertes du tchador noir, silhouettes semblables également anonymes. Dans l’une d’elles on voit une jeune femme à chignon filmer une manifestation, plus tard on voit une policière en tchador filmer aussi une manifestation. Leur regard a changé et l’intention aussi. Au fil des expositions le regard de certains photographes nous interpelle : Paz Errazuriz nous révèle un Chili loin de l’image qu’on s’en formait jusque-là, un Chili des marges sociales, de la sexualité et de la misère. Michaël Wolf présente une suite de photos d’immeubles cellulaires comme des ruches ou vivent des hommes loin des photos de la nouvelle objectivité de l’école de Stuttgart. Sa vision de la ville moderne et du monde qui l’entoure est proprement hallucinante comme dans cet assemblable de 20 000 jouets en plastique collés sur un mur d’où émergent des photos de gentils employés occupés à les fabriquer dans des usines chinoises. dune_varela.JPG Dune Varela, jeune photographe française en résidence au musée Nicéphore Niepce de Chalon-sur-Saône a imaginé reproduire à grande échelle des photos des temples grecs d’Agrigente sur le dos desquelles elle tire au pistolet (geste qui évoque bien entendu Niki de St Phalle mais dans une tout autre intention) de sorte que les photos ainsi traitées nous livrent l’image de temples dont les colonnes sont frappées d’éclats de balles ou d’obus qui en montrent la fragilité. Allusion à la destruction des ruines antiques par un procédé original, on s’arrête et on regarde. Voilà des images justes et qui disent clairement les choses. Tout autre est l’univers de juliette Agnel qui signe une très belle installation « nocturne » de paysages dans la pénombre surmontés d’une nuit étoilée ; poésie, esthétique, mystère et grande technique pour obtenir ce résultat. Le travail de cette artiste à mi-chemin des arts plastiques et de la photo, déjà repéré par les meilleures galeries convainc et séduit le visiteur. Niels Ackermann et Sébastien Gobert proposent des « Lénine en morceaux » statues photographiées en Ukraine où elles ont été déboulonnées, cassés, détruites, stockées, donnant un exemple saisissant à d’iconoclastie moderne. Il m’a paru amusant d’en saisir un cliché à côté d’un évangéliste du cloître de St Trophime. Qu’est-ce qui est patrimonial et qu’est-ce qui ne l’est pas ? lenine_decapite.niels_AckermanJPG.JPG Un mot encore de cet étonnant reportage sur la jeunesse marginale des années 60 en Suisse réalisé par Karlheinz Weinberger (dont un séduisant pompiste fournit aux « Rencontres » l’image de leur catalogue). Quant à la photo militante, la palme en revient sans doute à Mathieu Asselin avec son reportage sur la firme Monsanto qui fait froid dans le dos : « Bienvenue dans le monde monstrueux des OGM ». Un dernier regard sur le travail photographique de Jean Dubuffet qui permet de comprendre l’usage qu’il faisait de la photo dans son processus créatif. Au terme de cette visite on se met à souhaiter que « Rencontres » et « projet Luma » trouvent le terrain d’entente qui fait d’Arles l’escale photographique qu’on aime toujours visiter malgré la chaleur, la foule, la poussière et le Mistral.