UNE NOUVELLE POLITIQUE CULTURELLE ?

Il aura fallu six mois à la nouvelle ministre avant d’exposer les priorités de sa politique culturelle. Gageons qu’il en faudra un peu plus pour en voir les résultats. Car c’est à chaque fois le même exercice, un nouveau ministre arrive, il s’informe, vérifie ou découvre et propose des priorités. Combien en a-t-on vu ainsi à ce poste où à part Malraux et Lang, les ministre ne restaient pas plus longtemps qu’un préfet dans son département : deux à trois ans en moyenne. Espérons que Mme Nyssen aura un temps plus long pour appliquer ses priorités, car là comme ailleurs, la politique n’est pas qu’un art d’annonce mais bien d’exécution. Accordons à l’actuel président et donc à ses ministres, que jusqu’ici cela semble être le cas.

Revenons néanmoins aux priorités énoncées qui sont au nombre de quatre : Le Patrimoine, l’éducation artistique, la lecture via les bibliothèques publiques, et le « passe » culture. Sur les trois premières priorités, vraiment, c’est une chanson dont on connaît l’air si souvent chanté. On y revient toujours parce que précisément ce n’est pas si facile que cela. Le Patrimoine, c’est une passion française et une nécessité publique, c’est même le premier devoir d’un ministère de la culture. Préserver, entretenir et animer les legs patrimonial du pays. Là, les besoins sont tellement criants qu’il y a toujours urgence, tant de cathédrales, de châteaux, tant d’édifices classés, tant de toitures à refaire, de murs à consolider, ce secteur est un véritable gouffre budgétaire que tout nouveau ministre contemple avec effroi. Alors on cherche des subterfuges. Un temps on a proposé aux collectivités de reprendre des bâtiments historiques pour alléger la charge, mais à part le château du Haut Könisbourg repris par le conseil général du Bas-Rhin en 2007, il n’y a pas eu beaucoup d’amateurs. Alors, il arrive qu’on rogne sur ce poste, pour redéployer des crédits ailleurs, quitte à prendre un retard que les ministres suivants devront combler dans l’urgence. La nouvelle ministre veut « revitaliser les centres ville par le patrimoine ». La formule est habile si elle consiste à aller chercher et à trouver des crédits ailleurs, dans la politique de la ville par exemple, nous verrons. La seconde priorité, c’est le développement de la pratique artistique à l’école. Là aussi, c’est une antienne chantée depuis les années soixante-dix sans succès hélas. Non point qu’il ne se passe pas des choses passionnantes dans les écoles, lycées et collèges. De ce point de vue, beaucoup a été expérimenté ici ou là et souvent dans la durée. Le problème n’est pas là, il réside dans la généralisation des expériences à la totalité des enfants scolarisés. Et là le budget n’y peut jamais suffire. On parle cette fois de faire chanter les enfants, tous les enfants. Pourquoi pas? les Anglo-saxons font cela très bien depuis très longtemps sans avoir l’impression de faire de la culture, ils font de l’éducation tout simplement. C’est même peut-être pour cela que les groupes rock ou Pop anglais se sont imposés aussi facilement, ils avaient appris à chanter à l’école. Mais on entrevoit la difficulté : il faudrait intégrer la culture comme une discipline d’enseignement et non comme une option facultative ici ou là, option que l’on ferme au premier resserrement budgétaire. La troisième priorité est plus originale, elle porte sur la lecture publique et les bibliothèques davantage ouvertes au public. Encore une fois, c’est ce qui se pratique dans le monde anglo-saxon et c’est très bien. Néanmoins, en amont de ce dispositif, tout est à faire ou à reprendre sur la question de la lecture dès l’école. Ne vient-on pas d’en avoir une triste illustration avec les classements de nos établissements d’enseignement. Avant d’ouvrir les bibliothèques, il faut apprendre à lire et à aimer les livres. Le ministère de la culture ne pourra seul changer ce paysage s’il ne s’appuie pas sur l’éducation nationale. On voit bien que c’est à cette articulation-là que se joue, se gagne ou se perd le pari de la culture pour tous. Enfin, il y a le « passe culture ». Avouons ici notre perplexité. Ce type de « chèque culture » a été tenté dans des régions, des villes, des départements. Il n’a jamais favorisé la culture traditionnelle mais a permis le plus souvent d’acheter des gadgets électroniques. La ministre semble bien en avoir conscience même si elle est tenue par la promesse du « candidat Macron » de donner un « passe »d’une valeur de 500€ à tout jeune de 18 ans. Prudente ou avertie, elle dit que ce ne sera pas un chèque mais… «une application géolocalisée pour mobile téléchargeable par tous'' ». Croit-elle que cela soit suffisant pour qu’une fois informés les jeunes gens se précipitent dans des bibliothèques des théâtres, des salles de concert alors que l’époque est au streaming, aux twitts et cinéma en ligne. Ce serait dit-elle comme une sorte de GPS de la culture. Y croit-elle ? Rien que la définition donne le frisson : « nous allons développer l’application avec l’aide d’une start-up d’État( sic) pilotée par un chef de projet qui coconstruira l’outil avec des usagers et des acteurs du secteur culturel…afin d’aider chacun à aller vers l’offre culturelle qu’il ne connaît pas ». J’ignore si on y arrivera, mais je dois dire que le jargon administratif lui y est déjà parvenu. Arrêtons-là et ne soyons pas trop cruels avec tant de bonne volonté. Souhaitons à cette nouvelle ministre de réussir là où tant d’autres animés des mêmes sentiments ont néanmoins échoué et souhaitons-lui du courage et une bonne année.