UN HOMME, UNE FEMME

Un homme, Une femme », nous avons tous en mémoire, (enfin, ceux qui se souviennent que ce film avait obtenu la palme d’or au festival de Cannes en 1966) le film du jeune Claude Lelouch qui racontait une histoire d’amour et de cinéma, et avec quel brio : « Un homme, Une femme » : Jean-louis Trintignant, Anouk Aimée, et une voiture de course, la mythique Ford Mustang décapotable d’un pilote de rallye qui traversait la France pour retrouver la femme « aimée ». C’était le temps où l’amour c’était cela, simplement cela. Le film racontait les choses de la vie comme obstacle surmonté et les retrouvailles d’un homme et d’une femme qui s’aimaient. Nous, on aimait le cinéma pour des histoires aussi simples que ça. cannes-2018-affiche-2-b8becc-0_1x.jpeg

Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, la romance a viré au noir, et les choses au vinaigre. Le récent épisode de l’affaire Weinstein à Hollywood a déchiré le rideau cramoisi derrière lequel se tenait la cuisine intime du pouvoir, du succès et de l’ambition. « Un homme, Une femme » est devenu sinon un oxymore grammatical, du moins une figure qui ne va plus de soi, surtout au cinéma. Nul n’imaginait qu’on choisirait donc ce thème pour illustrer en ce moment un festival de cinéma. C’est pourtant ce que les dirigeants du festival de Cannes ont osé en choisissant pour leur affiche celle d’un baiser brûlant entre Jean-Paul Belmondo et Anna Karina donné depuis deux voitures décapotables: la fameuse Alpha Romeo Giulietta bleue et l'Autobianchi primula rouge, si caractéristiques du « Pierrot le fou » de J-L Godard qui date lui-même de 1965. Un homme, une femme et les belles voitures de ces années-là, c’était toujours la recette du cinéma. Mais que signifie un tel choix cette année précisément ? Provocation ou suggestion ? Provocation sans doute à une époque où l’on veut interdire aux constructeurs automobiles de faire poser des mannequins féminins devant leurs belles cylindrées et même à en publier des photos publicitaires. C’est que la bataille pour l’égalité est engagée et toute allusion à la femme objet ou à la femme glamour d’antan, voire à la star de cinéma sent le roussi. Pourtant longtemps la recette du succès au cinéma décrétée par Hollywood était bien celle-ci : « A Girl and a Gun » ; Godard ne l’ignorait pas lorsqu’il en rejouait les codes et le sens, mais il est vrai aussi que dans cette image, l’homme et la femme paraissent à égalité. Pourtant, l’air de rien, l’affiche de 2018 ne renvoie pas à une situation à la façon de Claude Lelouch, les acteurs ne sont pas deux dans la même voiture (ces photos existent), et les voitures ne vont pas dans le même sens. Comme elles sont orientées en sens opposé, ce baiser brûlant a tout l’air d’un baiser d’adieu et Belmondo n’aura plus qu’à faire sauter sa tête barbouillée de bleu avec un collier de dynamite. Fin de la romance ! Que veut donc nous dire cette affiche ? Un homme, une femme, une voiture ! L’histoire continue mais autrement et de façon différente. C’est peut-être ce que les dirigeants du festival ont voulu indiquer. On n’ira plus l’un vers l’autre aussi simplement que dans le grand cinéma Hollywoodien avec Happy End, mais on ira peut-être en sens opposé. En attendant, cette image d’une étreinte et d’un dernier baiser indique que c’est toujours l’amour qui a le dernier mot. En somme, qu’un festival de cinéma français envoie ce message est plutôt rassurant. « Un homme, une femme », c’est comme au cinéma, il faut croire que ce ne sera jamais fini.