YOUROP ! YOUROP !

La semaine dernière eut lieu à Paris la première compétition de golf du monde : la Rydercup, compétition d’origine américaine qui ne s’était disputée que deux fois sur le continent européen en 42 éditions. C’est dire combien dans le cercle des amateurs de ce sport cet événement considérable était attendu, car s’il rassemblait près de 300 000 personnes en 3 jours, il était vu par un milliard de téléspectateurs dans le monde, ce qui en fait un événement aussi important que la coupe du monde de football. Et ceci, bien que la France ne soit pas dans ce domaine le pays qui compte le plus grand nombre de pratiquants, ni n’elle ait pu y inscrire un seul de ses joueurs dans l’équipe des douze européens qui affronta l’équipe américaine. Il est vrai que l’ensemble de ces joueurs réunit les 18 premiers mondiaux de la discipline et que le plus connu d’entre eux, Tiger Woods ne pointe qu’au-delà de la vingtième place. C’est dire si le niveau en est relevé.rydercup_2018.jpg

Je m’apprêtais donc comme la plupart des amateurs de ce sport à regarder se dérouler les exploits de ces athlètes à la télévision, lorsqu’un heureux concours de circonstances me donna l’opportunité d’assister à une journée de compétition au milieu d’une centaine de milliers de spectateurs foulant en tous sens les allées du Golf National qui est l’un des plus grands du monde. Mais comment suivre tant d’équipes en mouvement sur les dix kilomètres de parcours ? On y renonce vite lorsqu’on n’a plus vingt ans, malgré les immenses écrans qui diffusent en direct le détail des parties. Heureusement, comme pour un grand prix automobile, le parcours est jalonné par d’immenses tribunes (la plus convoitée contient 6 000 places sur le trou numéro 1 où pour trouver à s’asseoir, il faut être présent avant 7 heures du matin !) Mais il y en a plus d’une dizaine d’autres. Et c’est la raison pour laquelle je me suis trouvé installé au milieu d’une troupe d’Anglais, joyeux et bruyants qui se réchauffaient le corps et la voix à la bière alors que soufflait une petite brise glaciale comme on les aime de l’autre côté du Channel me donnant l’impression que j’étais revenu dans un stade du tournoi des Cinq Nations de rugby où jouait l’équipe d’Angleterre à domicile. Mais le plus surprenant et à vrai dire le plus sidérant de ce spectacle était d’entendre ces braves Anglais hurler à pleins poumons leurs encouragements à l’équipe européenne qui affrontait les Etats-Unis aux cris de : Yourop ! Yourop !Yourop ! La voilà donc l’ironie de l’histoire me disais-je, qu’un peuple qui s’apprête à quitter l’Europe, l’encourage ainsi encore à grands cris, attestant par là, aussi bien qu’en un référendum, leur attachement au continent d’origine. Insoluble tentation insulaire, être dedans ou dehors ? Mais on sait qu’en politique, la logique n’est pas toujours la règle et que la conduite des peuples n’obéit pas forcément à la raison, qu’il est des passions souveraines autant que de souverainetés résignées. Mais dans le cas présent, on pouvait saisir une réalité qui échappait à toute fiction. Face à l’Amérique auxquels tant de liens l’attachent, voilà que quelques centaines d’Anglais soutenaient l’Europe au moment même où leur gouvernement s’apprêtait à mettre en œuvre le Brexit qui allait les en séparer. C’est là qu’on se dit que le sport est une superbe métaphore de nos contradictions, un art de vivre les évènements du réel de manière imaginaire. Ces Anglais nous étonneront toujours, car y a-t-il un autre peuple sur la terre qui aime autant le sport que les Anglais, eux qui en ont inventé la plupart des genres et qui en parlent souvent avec cet humour dont Churchill est un assez bon exemple ; lui qui disait qu’en fin de compte, le golf était l’occasion de gâcher une belle promenade champêtre par la faute d’une petite balle blanche. Ce jour-là, en France, au Golf national, on aura pu penser un moment que c’était l’inverse, une petite balle blanche faisait oublier les passions politiques et les Anglais devenaient les meilleurs supporters de l’Europe. Il fallut le voir et l’entendre pour le croire !