DU PACTE SOCIAL

Avant que de décider des formes du contrat social qui va lier ensemble les membres d’une société donnée dit Rousseau, il faut qu’il y ait entre ceux-ci une adhésion consentie qu’il appelle, un pacte social. Or un pacte est une forme d’association volontaire où « chacun s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant ». Il s’agit en somme de se reconnaître comme formant un tout avec un sentiment d’appartenance à un corps politique soucieux du bien public. On voit par là que cet acte par lequel « un peuple est un peuple » doit précéder tout contrat de société qui le fédère et le lie par des lois, des obligations et des devoirs. C’est là le fondement de nos démocraties dans lesquelles le peuple est souverain.

Or, dans toutes les révolutions, qu’elles soient violentes ou pas, totales ou partielles, brèves ou durables, la première chose qui se défait, c’est le pacte social. Ne plus vouloir faire société avec d’autres au motif que se sont crées dans la société, des différences, des injustices des ségrégations de fait ou de droit. Et c’est ce pacte fondamental qui est le plus dur à reconstruire. On le voit bien, on le sent bien aujourd’hui, lorsque notre société saisie par un ébranlement qu’elle n’avait pas prévu comme tel, essaie de se ressaisir par la réforme délibérée en commun et négociée entre le peuple et ses gouvernants, les difficultés surgissent. Le désaccord porte autant sur le contenu que sur la forme que le peuple veut donner à ses revendications. Mais qui est le peuple ? Qui décrète qu’un peuple est un peuple, c’est-à-dire une communauté d’individus soudés par une histoire, un langage et une géographie pour aller vite ? Ceux qui s’autoproclament le peuple dans la rue ? Ce n’est pas si simple ; une armée de contestataires qui, en nombre, ne sont qu’un pourcentage infime du corps social ne fait pas un peuple pour autant. Et le fait qu’une grande part de ceux-ci semblent vouloir refuser une voie réformiste en suggérant la voie insurrectionnelle (démission des représentants élus, référendums à puissance abrogative, remise en cause des institutions) conduit tout droit à la pagaïe et au désordre, dont on ne sort, au bout du compte, c’est bien connu, que par la tyrannie. S’ajoute alors à la crise de société, la crise de légitimité. Au bout du compte, ce qui se défait c’est le peuple lui-même, rétif à consentir à un intérêt général négocié et préférant un intérêt général imposé. Mais par qui ? Par la rue, les medias, la « vox populi » ? Situation inédite et dangereuse qui peut évoluer en tous sens selon les courants qui la traversent. Mais le pire n’est pas certain et la voie réformiste ouverte, il est probable que les « doléances » et les propositions aussi vont s’exprimer. Dans un premier temps et tactiquement, les plus polémiques vont faire consensus. C’est le cas de la suppression de l’ISF mesure sur laquelle on sait que le Président ne veut pas revenir. Pourquoi donc d’ailleurs cette fixation ? C’est qu’il s’agit là d’un impôt punitif et confiscatoire. Rien qui n’illustre mieux la volonté populaire « de prendre aux riches » sans se rendre compte qu’une société qui punit la réussite se condamne au déclin. En outre, cette revendication est souvent le fait de personnes qui ne paient même pas d’impôt puisque c’est le cas de 60% environ de nos concitoyens. Le Président sait bien qu’envoyer de tels signaux d’instabilité fiscale permanente serait la plus dissuasive des publicités à faire à un moment où l’on a plus que jamais besoins d’investisseurs, de chefs d’entreprises créatrices d’emploi et que l’opportunité du Brexit ouvrait une voie royale à ceux qui outre-manche regardaient la France avec sympathie. L’autre mesure emblématique est celle du référendum d’initiative citoyenne qui consiste à appliquer à un pays dix fois plus peuplé, les méthodes d’un pays voisin par ailleurs fédéral et qui vote le plus souvent au niveau des cantons. La vérité c’est qu’on ne veut pas que tout ce grand ébranlement social n’aboutisse qu’à une réforme et non à une révolution, c’est là le problème. Dans « Le Guépard », l’écrivain sicilien Guiseppe Lampedusa faisait dire au Prince de Salina : « il faut que tout change pour que rien ne change », belle formule pleine de sagesse ou de cynisme. Peut-être au fond est-ce là le désir inconscient de beaucoup qui savent pertinemment qu’on ne pourra pas facilement concilier le désir de payer moins d’impôts et de taxes et de bénéficier de plus de rentes, de pensions et de services publics. Entretemps, le rêve en jaune continue d’exercer son attractivité hebdomadaire sur certains et provoque la lassitude des autres qui semaine après semaine en mesurent le prix à payer dans tous les sens du terme.